La vendange de la bière artisanale, c’est à Bordeaux

Vous y serez peut-être, moi pas, mais ça a l’air sympa: l’association Blib organise la semaine prochaine la seconde édition de son festival de la bière artisanale, du 28 septembre au 1er octobre. L’acronyme de l’association résume à elle seule le programme: Bières libres et indépendantes à Bordeaux.

logo-festival-blib-2016-01

« Avec cette appellation, l’esprit d’indépendance s’affirme davantage, au service d’un produit unique loin de toute influence industrielle, tout en renforçant l’ancrage dans le terroir, en gardant le nom de notre chère ville et en écartant tout anglicisme », écrivent-ils.

L’association annonce une vingtaine de lieux partenaires et veut s’ouvrir au néophyte comme au beers geek, et devrait accueillir en tout une quinzaine de brasseries locales. »Parce que le liquide malté n’est pas qu’une histoire de goûts et qu’il jouit d’une diversité sans limite, il est temps qu’il retrouve ses lettres de noblesses au pays du vin », espèrent les organisateurs.

Vous pourrez notamment y découvrir la nouvelle bière collaborative La Débauche / La Goutte d’or. C’est une black IPA qui sera lancée donc le 30 septembre, à l’occasion du salon.

Sinon, le même week-end, mais du côté de Rennes, l’association La P’tite Chope organise à Hédé-Bazouges un week-end dédié aux bières du coin, essentiellement d’Ille-et-Vilaine, pour « faire connaitre les petits brasseurs qui nous entourent et les délices qu’ils produisent ». Allez-y, les brasseurs invités sont très sympas ;)…

Sur la route des bières bretonnes

Tous les chemins mènent à Rome, disait l’autre. Pour moi, c’est plutôt vers Rennes qu’elles cheminent, les routes. Et justement, après mon livre sur les bières nordistes, en 2011, puis celui sur les bières d’Alsace, deux ans plus tard, je trépignais à l’idée de reprendre mon bâton de pèlerin, cette fois-ci sur les belles terres bretonnes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Toutes les photos de ce post sont de Timi Sace

Je vous en parlerai plus précisément une nouvelle fois, mais c’est désormais chose faite, puisque j’ai commencé un nouveau tour des brasseries bretonnes à la fin du mois d’août, en rayonnant pour mon premier round breizhou autour de Rennes, mon camp de base pour mes aventures brassicoles bretonnes.

En quelques jours, j’ai ainsi pu visiter les maisons suivantes, où les brasseurs m’ont à chaque fois chaleureusement accueilli: L’Embardée, à Fougères, La Paumell, à Saint-­Ouen­La­-Rouërie, La Guernouillette, à Saint-Brieuc, L’Âne Brasseur, à Saint-Aignan, Sainte-Colombe, près de Janzé, La Bambelle, à Saint-Gravé, et Skumenn, à Acigné.

Bref, c’était super sympa, en plus il faisait beau, et j’avais réussi à taxer la confortable caisse de mes parents, qui maintenant qu’ils sont à la retraite, ont évidemment un pouvoir d’achat bien supérieur à la plupart des trentenaires fauchés que nous sommes.

Je relancerai cependant la guerre des générations une prochaine fois, car j’avoue que j’étais très heureux quand ma mère est arrivée de Rennes dans la même voiture que celle précédemment citée, pour me livrer les bières amassées durant ma conquête de l’Ouest que, bien évidemment, je n’avais pas pu ramener en train à mon retour sur Paris.

_9100014.JPG
En pleine dégustation

Aidé de l’ami Guirec Aubert de Bière Masterclass et d’une collègue, nous nous sommes attablés consciencieusement dans mon petit deux pièces parisiens, samedi dernier, pour une solide séance de dégustation. L’expérience se voulant (presque) scientifique, j’ai bricolé cette fiche de dégustation, et ça a plutôt bien fonctionné.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Guirec Aubert

Par exemple, on a goûté la Blonde dorée de Sainte-Colombe, une bière que vous avez peut-être déjà acheté au marché des Lices à Rennes. C’est une bière au froment, couleur or, avec des arômes de céréales et une petite note fruitée, une bonne bière pour découvrir l’univers de la bière artisanale.

_9100004.JPGLa Blanche IPA de l’Embardée permet également découvrir les notes aromatiques apportées par le houblon, même si elle n’est pas vraiment une india pale ale, son amertume étant un peut trop soft…  Il y a aussi des bières de style belge en Bretagne, comme la Rousse de la Guernouillette, à la robe cuivrée avec un petite note de châtaigne.

_9100030.JPG

Si vous passez dans le coin, je vous conseille La ruée vers l’hop, de Paumell, une bière très proche de sa porter mais plus houblonnée, avec des notes de chocolat, café, pain grillé et réglisse, parfaite en dessert. La Gargante de Bambelle est aussi une belle surprise, mais que vous ne trouverez certainement pas sur Paris, la vente étant vraiment locale. C’est une blonde aromatique, houblonnée à cru, à la robe orange, au nez floral et herbeux, et avec une effervescence agressive vraiment sympa.

_9100025.JPG

Pareil, ne pas hésiter également à faire un détour par Saint-Aignan pour découvrir la Grande exploratrice de l’Âne brasseur. C’est une bière brune qui tend vers le barley wine, aux arômes de dattes, pruneaux, chocolat et café. C’est pas très amer mais c’est pas grave, c’est très bon.

Enfin, si vous aimez les bières de style craft, c’est-à-dire bien houblonnées, vous devez absolument essayer la Rye IPA de Skumenn, les hérauts de ce style en Ille-et-Vilaine. Nez herbeux, arômes d’agrumes, de fruits de la passion, et de mangue: c’est le genre de bière à boire pour découvrir les india pale ale.

_9100052.JPG

Ayant une déontologie et une éthique, nous n’avons évidemment pas bu toutes les bières bretonnes que j’avais ramené de mon périple. Dommage pour moi car la canicule régnait sur Paris. Un soir, j’ai ainsi été victime d’une « Schrader ». Si vous savez, le flic de la série « Breaking Bad », qui brasse dans son garage, et est un jour victime d’une explosion non contrôlée de bière (lire ce vieux post). Ben voilà, ça m’est arrivé aussi, et c’est pas jojo. Le résultat? Entre Beyrouth et un rade crade de la rue Saint-Michel à Rennes à l’heure de la fermeture…

PS: Vous pouvez retrouver les photos de Timi Sace, photographe & voisine qui a aimablement accepté de faire quelques clichés de notre dégustation sur son blog.

La Tripel Karmeliet, la Kwak et la Deus dans l’orbite d’AB Inbev

L’intérêt des brasseurs industriels pour les bières de spécialité ne se dément pas. Hier, le tentaculaire groupe Ab Inbev, première entreprise brassicole mondiale, a annoncé avoir conquis trois bières de plus, la Tripel Karmeliet, la Kwak et la Deus. Plus précisément, la brasserie Bosteels,lqui produit ces trois bières très appréciées dans le nord de la France, va adhérer au réseau « Craft & Specialty » du mammouth brassicole.

triplekarmelietglass1
La Tripel Karmeliet, au célèbre goût de banane

Le ralliement du petit brasseur (145 000 hectolitres produits par an quand même!) ne devrait pas pour autant aboutir à la fermeture de la brasserie: « Les opérations et le  savoir-faire brassicoles restent au cœur de la commune de Buggenhout, il y aura des opportunités de croissance, mais plus particulièrement une présence plus importante sur la scène internationale de la bière grâce à des opportunités d’exportation complémentaires », précise le communiqué de presse.

Antoine Bosteels, le patron de cette brasserie fondée en 1791, s’est également exprimé:

« Après sept générations, je suis très heureux de cette opportunité de pouvoir transmettre  les marques Bosteels à une brasserie belge, qui est capable d’assurer le succès futur et la croissance dans notre pays et à l’étranger. Ceci correspond complètement aux valeurs de notre société, c’est-à-dire nos bières fantastiques brassées avec le respect de  recettes  traditionnelles et préparées avec la plus grande attention pour la qualité et avec l’amour pour l’artisanat ».

J’avoue, je n’avais jamais entendu parler du réseau « Craft & Speciality » d’AB Inbev. Alors qu’est-ce que c’est? Le groupe brassicole explique qu’il s’agit d’un réseau de « marques de bières artisanales et authentiques », comme Wals et Colorado, Boca Negra, Cucupa, Camden Town, et Birra del Borgo.

« Le but est de cultiver le portefeuille le plus excitant et innovant de bières internationales artisanales et spéciales et de les amener au consommateur à travers les marchés internationaux », ajoute le brasseur, dans une déclaration qui va sans doute faire frémir de nombreux amoureux de la bière « craft ».

AB Inbev avait déjà fait jaser en lançant, ces deux dernières années, de nouvelles bières destinées à surfer sur les goûts houblonnés popularisés par la craft beer: la Leffe Royale Cascade IPA (7,5%) (2015), la Leffe Royale Mapuche (7,5%) (2015) et la Leffe Royale Whitbread Golding (7,5%)  (2015). Le géant n’est pas le seul à lorgner sur le mouvement du craft: Heineken a lui aussi avancé (bruyamment) ses pions (lire ce vieux post).

Les bières de cet été à découvrir

La rentrée des classes approche: voici quelques travaux pratiques biérologiques pour ceux, comme moi, qui n’ont pas eu le temps de goûter les nouvelles créations de nos brasseurs. Autant dire que je vais me mettre rapidement à ces beaux cours du soir!

static1.squarespace.com

  • Pour commencer, c’est le brasseur Craig Allan qui a brassé la (saint) Jean, pour fêter l’arrivée de l’été. « Cette bière est d’un style qui se rapproche d’une saison – sèche, rustique, de style bière fermière belge », explique-t-il. Le brassin a été ensemencé avec un assemblage de levures belges et le résultat final à 4,5°c n’a que peu de sucres résiduels…
  • Deck & Donohue proposent eux trois bières spéciales, la Dwarf Hops Club, une extra pale ale « brassée avec de l’avoine et du lactose et 4 variétés de houblons nains ». « Cette bière présente un arôme houblonné très frais de pêche sur un corps malté et crémeux », nous disent les brasseurs.Une autre bière de Deck & Donohue, la Strissel & fils, utilise de son côté des houblons issu du traditionnel Strisselpalt. Elle a « un côté crisp, avec une complexité maltée et un caractère houblonnée ‘old world’ robuste ».
  • Enfin, la brasserie Vivat sort deux nouvelles bières, l’une très orientée nordiste, la Out of Spec’, au spéculoos, et refermentée en bouteille au sirop d’érable, et la seconde, plus estivale, la Pink is the new white, une bière blanche aux fleurs d’hibiscus.

Les ateliers de brassage, le grand embouteillage

Tout brassin vient à qui sait attendre. Oui, c’est bien vrai, mais parfois c’est quand même très long, l’attente. Les ateliers de brassage amateur marchent très bien, trop bien d’ailleurs puisqu’il est très difficile de trouver une place pour s’y inscrire à Paris.

11212705_448523298643320_3561904422880023891_o
Un atelier de brassage chez Brew unique (Photo Brew unique)

Le leader du genre, Brew unique, ne propose que janvier 2017 comme première date pour une réservation, soit dans cinq mois!  C’est la même chose à La Montreuilloise qui prévoit d’ouvrir son prochain créneau de réservation, le premier trimestre 2017, en octobre prochain…

J’ai essayé de recenser d’autres ateliers de brassage moins connus: à la bière comme à la bière indique sur son site internet une reprise de ce type de stage en septembre 2016. Il y a aussi le biérologue (et ami) Gireg Aubert de Bière Masterclass qui propose, sur demande, des stages de brassage pour les entreprises. Enfin, on m’a également indiqué les cours de Brew spot.

La liste n’est certainement pas complète et amenée à s’agrandir vu le succès de la formule. Je pense principalement à Brew unique qui a été fondé il y a un peu plus d’an seulement par Mike Gilmore en association avec Simon Thilliou. Le premier brassait chez la chaîne de micro-brasserie « Frog »,  le second est le patron de la Cave à bulles, repère bien connu des beer geeks parisiens, rue Quincampoix.

Une fois inscrit, il faut choisir dans une liste de deux pages son futur brassin, puis se retrousser les manches! Le prix des quatre heures de cours est de 160 euros par poste de travail, à partager à deux par exemple, tout comme la bière brassée, un peu moins de 20 litres. A noter également pour les brasseurs amateurs qu’on peut y acheter et concasser son malt dans les locaux de l’entreprise dans le IIe arrondissement.