Le match des équipements de brassage

P1040206On me demande souvent si brasser à la maison me permet d’économiser sur mes dépenses en bière. Comme j’imagine la quasi totalité des brasseurs amateurs, c’est non. Au contraire, si vous n’êtes pas radin au point de faire payer la dégustation de vos dernières productions, le brassage amateur peut se révéler une activité onéreuse et source de conflits avec votre banquier à force d’acheter de nouveaux gadgets.

C’est pourquoi je suis toujours resté fidèle à un équipement minimaliste, pour être poli. Je viens à peine d’acheter une nouvelle cuve de brassage d’une quinzaine de litres après cinq ans de galère avec un faitout de 8 litres. Mes seules armes: un brewbag, un seau et un bidon de fermentation de dix litres. Oui, c’est la honte, mon circuit de refroidissement en cuivre (pour éviter une contamination accidentelle de votre moût prêt à être ensemencé) s’est avéré un échec et je n’ai toujours pas pris le temps d’acheter un tuyau pour éviter l’oxydation dans les transvasements de liquide.

 

Bref, j’ai des efforts à faire, et quand j’ai vu que l’atelier de brassage parisien Ma Bière organisait à l’occasion de la Paris Beer Week (j’espère que vous avez pris vos billets pour le Grand Final) un atelier comparatif sur les équipements de brassage, je me jeté sur l’occasion. Lundi dernier nous étions donc une petite dizaine à brasser simultanément dans trois équipements différents: une Braumeister 50 litres, un GrainFather 30 litres prêté par Bierocratie si j’ai bien compris et une Brewferm 27 litres apportée par Fabien d’Univers-bière. Autant le dire tout de suite: le duel (ou plutôt truel) a été féroce et sans merci.

Les combattants

P1040204A ma gauche nous avons une Braumeister de 50 litres (valeur estimée à environ 2000 euros), une bête de course qui permet de faire l’empâtage, la filtration, et l’ébullition dans le même contenant, seule la fermentation se fait ensuite dans un autre bidon. Un gros automate made in Germany qui envoie du steak, quoi.

P1040192Devant moi, le GrainFather 30 litres (environ 800 euros). Avec ses lumières bleutés il a un petit air de R2D2 de Star Wars (avec de l’imagination). Venu de Nouvelle-Zélande la bête a bénéficié d’un gros coup de pouce participatif (145000 dollars récoltés en  quelques semaines) pour mettre au point ce système tout en un de brassage à domicile. Il y a un serpentin pour le refroidissement et on peut programmer le robot avec une appli. Et la machine est polyvalente avec une fonction distillateur.

P1040161.jpgA ma droite, la cuve Brewferm (environ 200 euros). Avec sa résistance, elle permet de se passer de plaque chauffante. Pour le reste, il faut avoir de l’équipement à côté en seaux et systèmes de filtration pour mener à bien votre brassage. C’est le Quevilly de la compétition pour ceux qui suivent le foot, le petit poucet quoi.

Les résultats

La Braumeister promettait d’envoyer du steak. Oui, mais à condition d’être utilisée à 100% de ses capacités. Or on visait une petite production de seulement une vingtaine de litres. Résultat, rien ne s’est passé comme prévu avec un moût très faiblement sucré. Bref c’est le flop. Pour autant cela reste un matériel de pointe (c’est le premier à avoir atteint l’ébullition) et de grande qualité. Mais sans doute plus adapté à des brasseurs semi-pro et pour des quantités importantes.

P1040176.jpgDe nombreux participants à l’atelier étaient visiblement venus avant tout pour voir le GrainFather en action. Ils n’ont pas été déçus. Très fonctionnel et esthétique, il a également montré une excellente cassure à chaud du moût lors de l’ébullition. Pas très encombrant la machine est parfaite pour des brassages réguliers dans des petits logements. Le favori des geeks, quoi.

P1040185.jpgReste le Brewferm, le Quevilly de ce match. Pliée, la compétition? Et bien non. C’est avec cet équipement qu’on obtiendra la bière la plus dense. Comme quoi l’automatisation ne reproduit pas si bien que cela les bons gestes du brasseur. Évidemment, c’est le brassage qui a duré le plus longtemps. Mais c’est celui que je trouve le plus intéressant, celui où met la main à la pâte et où on sue pour réussir sa bière. No pain no fun.

 

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Survivre à la Paris Beer Week #5, mode d’emploi

En 2017, dégustation avec Garett Oliver à Brew Unique (Crédit photo: Clément Leriche / Paris Beer Week).

Une bonne bière artisanale de perdue, dix de retrouvées. Chaque année, je suis un peu perdu face au grand nombre d’événements proposés par la Paris Beer Week – oui, c’est un vrai problème de riche dont on est plutôt content. Pour la cinquième édition de ce rendez-vous phare des amateurs de bières franciliens (je fais partie pour cette édition du comité organisateur), il y a ainsi près de 200 événements (dégustations, rencontres avec des brasseurs, jeux, accords mets-fromages, etc.) qui sont proposés. Du lourd ! Voici une sélection toute personnelle pour vous y retrouver – le reste du programme est accessible en ligne sur parisbeerweek.fr et dans l’application dédiée.

Lire aussi: Garrett Oliver, le brasseur qui murmure à l’oreille des brettanomyces

Vendredi 1er juin:

Je craque pour un démarrage en douceur avec la soirée Nord-Américaine à l’Atalante, qui va proposer vingt bières venues d’Outre-Atlantique, histoire de voyager  un peu.

Samedi 2 juin:

On fait un petit détour chez les copains bretons du Ker Beer qui ont invité les brestois de la brasserie du baril. Cette très bonne adresse du Finistère n’hésite pas à mettre le paquet côté houblon et s’investi pour des bières encore plus locales en travaillant avec des fournisseurs du coin. En plus, le patron est sympa (si si). A voir également ce jour-là: un brassin public chez Parisis, un après-midi relax chez Deck & Donohue et la Crazy bombastic party avec un départ en car pour la Seine-et-Marne chez Crazy Hops.

Lundi 4 juin:

On commence à rentrer dans le dur et le jour de repos précédent (le dimanche) fait du bien. Bières cultes propose un alléchant I Want To Brett Free avec Dieu du ciel mais j’ai déjà réservé pour le test comparatif de trois matériels de brassage chez Ma Bière.

Mardi 5 juin:

La Cave à bulles revêt la robe de bure pour une rencontre spéciale avec l’un des moines de Saint-Wandrille, qui viennent de se lancer dans la bière assistés de Daniel Thiriez, Hervé Marziou et Gilbert Delos.

Mercredi 6 juin:

Retour à l’Atalante pour une soirée 100% IPA, la Hazy night. Et oui, à force de parler de bières sauvages ou de vieillissement en fût, on remiserait presque de côté la tendance amère. Une soirée pour revenir aux premiers amours. A noter le même soir une soirée Dieu du ciel à l’Outland, la bière anti-sexisme de Thibord à Bières cultes, et les glaces à la bière à la Binouze.

Lire aussi: Le Pays flamand mise sur la barrique

Jeudi 7 juin:

Skumenn et Cornouailles s’invitent au Ker Beer, L’Express de Lyon fait une soirée dédiée aux bières US, un duel Beavertown contre Against the grain chez DBI, un dîner 100% Cantillon à la Fine Mousse restaurant… Oui, cela commence à être vraiment difficile de choisir.

Vendredi 8 juin:

Ils étaient déjà présents la veille à la Goutte d’or, TO ØL revient chez Enkore pour une soirée très alléchante. A voir également l’événement bières bretonnes Storlok et fromages chez la Cave à bulles avec l’ami Guirec Aubert, et le tap take over de Cloudwater à Brussels Beer Project .

Samedi 9 juin et dimanche 10 juin:

On se retrouve évidemment au Grand Final, au Cent-quatre, avec près de 80 brasseurs de pointe invités. Réservation chaudement conseillée ici. A bientôt pour un prochain post si j’arrive à survivre à ces dix jours de dingue, ce qui n’est pas gagné…

Pourquoi Emmanuel Macron n’aime pas la bière

La petite phrase d’Emmanuel Macron avait fait bondir plus d’un amateur de bière. Ce jeudi 22 février, en marge du salon de l’agriculture, à Paris, le chef de l’État lâche quelques confidences à la presse régionale. « Moi, je bois du vin le midi et le soir, explique-t-il. Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n’est pas avec le vin. »

Macron
Crédit photo: Lorie Shaull / Flickr.

Et bim dans la face de tous les amateurs de bières qui croyaient concilier santé et dégustation. Mais pourquoi tant de haine de notre cher président envers la bière ? Selon un sondage Ifop, publié en début d’année, Emmanuel Macron était (mais ça, c’était avant) pourtant en tête des responsables politiques avec qui les Français aimeraient bien boire une bière. J’ai tenté de creuser ce sujet et de retrouver les racines de ce désamour.

 1. Parce qu’Emmanuel Macron n’a pas digéré ses années étudiantes

Mon premier suspect s’appelle l’Académie de la bière. Dans une interview à Playboy, l’acolyte d’Emmanuel Macron à l’Ena, Gaspard Gantzer, lâche quelques perles sur le passé estudiantin tumultueux de « Jupiter ». A Strasbourg, les deux compères alternent entre dîners et… apéros à l’académie de la bière.

J’ai donc été jeter un œil à la carte de l’établissement (celui de Petite France) pour comprendre comment l’éducation biérologique du futur chef de l’État a été faite. Évidemment, le menu a certainement changé ces dernières années. Aujourd’hui on y retrouve des bières industrielles classiques sans trop de saveur (Kronenbourg, Budweiser), mais aussi des artisanales (Perle, Sainte-Cru) et les PME du secteur (Ch’ti, Pietra).

Surtout, la carte laisse une large place aux bières allemandes et belges, avec une forte appétence pour les trappistes et les bières dites d’abbaye. On peut donc déjà se demander si Emmanuel Macron n’a pas fait une indigestion de Leffe, phénomène bien connu de nombre d’étudiants strasbourgeois (non, je ne balancerai pas de nom).

2. Parce qu’Emmanuel Macron est à la solde du lobby viticole.

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En Ardèche (crédit photo Pierre Guinoiseau / Flickr)

En mai dernier, la nomination avait fait jaser. La nouvelle conseillère du président pour l’agriculture, la pêche, la forêt et le développement rural, Audrey Bourolleau, a un CV chargé dans le vin. Elle était auparavant déléguée générale de Vin et société, le lobby de la filière viticole, après un passage chez Heineken.

 

Les craintes d’un risque de conflit d’intérêt ne se sont pas apaisées au fil des mois. En février dernier, 19 organisations autour de la santé publique soulignaient leur malaise au vu des déclarations d’amour de la filière vin à son ancienne lobbyiste. Exemple avec un récent courrier du chef de l’État à Jean-Marie Barillère, le président du conseil comité national des interprofessions des vins. La missive répond « à nos attentes », souligne-t-il. Mieux : « Il sépare bien les consommations excessives et raisonnables et nous propose de participer à une politique de prévention. Ce sont deux points majeurs que nous n’avions jamais obtenu précédemment ». Merci patron, en quelque sorte.

3. Parce qu’Emmanuel Macron est un jeune vieux

Dans la presse, on aime bien fonctionner par triptyque. Mais là je vous avoue que j’ai eu du mal à trouver une troisième explication cohérente pour expliquer le désamour de notre président avec la bière. Arrêtons de tourner donc autour du pot et mettons les pieds dans le plat: Emmanuel Macron est un jeune vieux qui aurait sans doute été plus à sa place dans la France de Giscard, celle qui ne connaissait pas la bière artisanale, qui découvrait à peine les nouvelles variétés de houblon comme le Cascade et qui ne jurait que par la bière de luxe. Emmanuel, réveille-toi: la bière artisanale est en marche, et depuis un paquet d’années.

 

 

 

Bière, cidre, et dry hopping : mon rêve américain

P1030206Pour toi, cher(e) lecteur-ice, je me suis envolé vers le pays de l’Oncle Sam, il y a quelques semaines, pour découvrir les nouvelles tendances de notre boisson culte. Évidemment, je rêve comme tout beer geek d’Oregon et de sa capitale Portland, la Mecque des micro-brasseries, mais pour commencer (c’était mon premier transatlantique), j’ai sagement préféré rester sur la côte Est. En une semaine, j’ai bien sûr traqué la bonne bière, et voici le résultat d’un intense (et ingrat) travail de terrain.

Other Half Brewing

P1030198Ma première superdécouverte new-yorkaise. C’est une tap-room de la brasserie Other Half, qui se trouve à Brooklyn près d’anciens docks. La brasserie est toute jeune, elle a été fondée il y a seulement quatre ans en 2014. Et là où je me suis pris une claque, c’est sur la sélection proposée. Le parti pris est radical et franchement assumé: une quinzaine de bières houblonnées à cru, et derrière, seules une imperial stout, une stout et une berliner weisse qui se battent en duel… Et bim dans tes IBU. Le paradis des amateurs de bières trèèès amères, quoi, j’ai adoré. Mais par contre j’ai été un peu déçu par leur imperial stout, sans doute une question d’ordre de dégustation. Il est vrai que je m’étais jeté comme un mort de faim sur la première bière franchement houblonnée, because une précédente bière sans saveur bue la veille histoire de maintenir des relations familiales cordiales (oui, il faut savoir faire des concessions).

Le cidre contre-attaque

P1030255Le cidre, c’est le mal-aimé de nos tables françaises. On le relègue à la deuxième division, voire en CFA (la chandeleur) alors qu’il vaut beaucoup mieux qu’en accompagnement de crêpes, aussi bonnes soit-elles. A New-York c’est un caméléon: on parle de cider pour désigner le jus de pomme, à boire chaud avec de la cannelle sur les rares marchés qui existent encore dans la Grosse Pomme, ce temple dédié au gras « Dunkin Donuts », et de hard cider quand il y a de la picole.

Je ne vais pas vous mentir: ici aussi le cidre n’est pas roi. Mais il lutte pour sa survie, soit en rappelant l’âge d’or des producteurs de la vallée de l’Hudson (pour les nuls en géographie, c’est à côté), soit en innovant à tout va. Le gros truc actuellement, c’est de mettre du houblon dans le jus. C’est surprenant, parfois un peu écœurant, ça masque des fois le goût du cidre mais c’est quand même à essayer. La cidrerie Bad Seed a poussé le concept encore plus loin en mettant son jus de cidre à toutes les sauces: houblon, vieillissement en fût, utilisation de levure dédiées à la bière, etc. La palette de goûts proposée est autrement plus diverse que le duo brut-doux. Les puristes s’étrangleront sans doute devant la fusion des produits brassicoles mais qu’importe, c’est rafraîchissant et cela montre qu’on peut encore imaginer de nouvelles saveurs avec nos pommes.

Birch & Barley

P1030282Mes aventures outre-atlantique m’ont enfin mené au Birch & Barley, à Washington D.C., où je m’étais rendu pour voir Barack Obama avant que j’apprenne que le meilleur VIP mondial de la bière – souvenez vous de l’histoire de sa recette de bière au miel – avait malheureusement laissé la place à un hystérique rouquin. J’ai donc décidé de noyer mon chagrin dans l’alcool à la terrasse du Birch & Barley – oui, lecteur parisien, j’étais à Washington D.C. en MARS et en TEE-SHIRT en terrasse. J’avoue que là je me suis pris une claque avec leur sélection, c’est rare d’avoir un menu aussi complet en pression (ils proposaient également du vin sur d’autres pages mais je n’avais plus de batterie avec mon appareil photo)… Respect !  Mention spéciale pour la Fat Panda, une sour à l’ananas de la brasserie Rar, un brasseur local de la baie de Chesapeake. Cheers, mate.

Le houblon prend pied dans les fermes

J’ai bravé la gastro vendredi dernier pour faire un tour en voisin au Comice du houblon, organisé le 2 février dans le 12e arrondissement de Paris. Et il n’y a pas à dire, c’est un chouette événement qui rassemble toute la filière de la bière, au delà des amoureux des lianes résineuses.

Fans de bières, brasseurs, agriculteurs, biérologues, tout ce petit monde s’était donné rendez-vous dans le chaudron de l’espace Reuilly ou au bar, avec une bière spécialement brassée pour l’occasion. Je ne peux pas vous en parler, j’ai tourné uniquement au jus de pommes à cause de la maladie. Je peux juste vous dire qu’il est bien frustrant de venir à ce type d’événement avec la gastro dans les chaussettes, le moral en berne après quelques jours sans fruits frais et une diète forcée au riz nature ou aux pâtes fromage.

Mais, cher lecteur-ice, ce n’est pas à toi que je vais apprendre que la vie est parfois cruelle. J’ai quand même tenté de prendre quelques notes entre deux blagues à des amis de passage au Comice. Voici en vrac quelques idées à retenir:

  • Il y a un appel d’air (selon le Champ des possibles) pour des houblonniers en Île-de-France, et, comme pas mal de monde, j’ai hâte.
  • On s’en doutait: pour les néo-houblonniers, le séchage du houblon est un gros, gros challenge.
  • Entre l’ancien monde (la Cophoudal) et les nouveaux houblonniers, on est pas vraiment d’accord sur le champ de mines de la certification. En gros les seconds trouvent la procédure trop lourde que ce soit en matière administrative et financière, tandis que les premiers la jugent indispensable pour maintenir un niveau de qualité. A suivre…

Au vu de l’affluence au Comice, on peut s’attendre à des projets de création de houblonnières à venir ! En tout, Houblons de France attend la mise en culture de 20 à 25 hectares de houblons, et dans visiblement de nouvelles terres de conquête, comme en Auvergne-Rhône-Alpes, au plus près des nouvelles micro-brasseries, et plus seulement en Alsace et dans le Nord.

C’est important car pour le moment 70% des brasseries françaises importent leur houblon. On va pas se mentir, il n’y a pas encore de vague du houblon: pour l’instant les chiffres sont très modestes. L’année dernière, il y a eu ainsi 6 hectares plantés en France, avec en figure de proue Matthieu Cosson (lire ce vieux post), avec son premier hectare en Loire-Atlantique. Mais en 2018 il prévoit de cultiver deux hectares supplémentaires et moderniser son équipement. Ce qui  prouve bien la viabilité économique de ce type de projet, une bonne nouvelle, et qui devrait donner des idées à pas mal de gens…

(Photo de une: Une installation de houblonnière, au Québec / @arbre_evolution /FlickR)