Comment j’ai loupé mon premier cidre

Cet hiver, avec Mélanie, ma compagne, nous nous sommes mis en tête de fabriquer notre premier cidre (breton). Je viens de goûter le résultat et ce n’est pas très glorieux. J’ouvre la bouteille, la pression est bien là. Notre cidre a une belle couleur dorée, un peu trouble à cause de quelques matières en suspension. Un bon résultat ! Mais en bouche, c’est plus décevant: aucune longueur, un faux goût de bonbon… Je vais briser le suspens dès maintenant: nous avons su très vite que notre boisson allait être un (semi) échec. Voici donc un petit manuel des choses à ne pas faire pour réussir à fabriquer votre propre cidre chez vous.

1. Les pommes

pommiers

Cet automne, dixit un ami fin connaisseur des pommes, ce n’était pas une année à pommes. Il habite au sud de Rennes, à Saint-Armel. Nous avons été glaner des pommes chez lui. Les vergers n’ayant pas donné beaucoup, nous avons du prendre des bonnes variétés (comme la reinette) avec des pommes à couteau (Granny Smith) pour avoir un peu plus de volume. Évidemment, c’est une erreur à ne pas faire. J’ai essayé de trouver des pommes à cidre sur le marché des Lices à Rennes, en vain. Mais l’année prochaine, un producteur m’a promis une fin de récolte. Les différentes variétés, plus ou moins sucrées, parfumées ou acides vont jouer sur votre cidre final. J’ai gardé les pommes marquées par la tavelure tandis que celles abîmées étaient laissées de côté.

2. La maturation

maturation

J’ai laissé les pommes mûrir pendant un mois dehors, à l’abri de la pluie. Les reinettes ont mûri comme attendu, en devenant très odorantes. Par contre les Granny n’ont pas bougé. Encore une indication de plus pour ne pas les mettre… Par contre, je n’ai pas lavé les pommes avant de les mettre à maturer, je l’ai fait juste avant le pressage. Ce que j’ai regretté ensuite, craignant d’avoir viré les levures indigènes essentielles à la fermentation.

3. Le pressage

pressage
Oui, on a galéré.

Il y a plusieurs écoles: ceux qui disent qu’il faut d’abord faire attendre quelques heures les pommes dégrossies en gros quartiers, et ceux qui attaquent direct le pressage. J’ai choisi la première solution et c’est là que le plus dur a commencé. N’ayant pas de pressoir ni de broyeur, nous avons découpé les 10 kilos de pommes. Puis, le lendemain matin, nous avons attaqué le pressage en utilisant un vieux presse-purée. J’ai ensuite lâchement abandonné mon copine pour aller faire la promotion de mon dernier livre sur la bière – si si, le rendez-vous n’était pas modifiable. Quand je suis revenu, le pressage était presque fini mais les yeux de ma copine lançaient de drôles d’éclairs… Depuis, nous avons acheté un broyeur et un pressoir, ce que je vous recommande CHAUDEMENT.

4. La fermentation

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L’indispensable chapeau brun

Nous avons réutilisé le bidon de fermentation de dix litres utilisé pour faire de la bière. Seul problème: nous n’avons obtenu que cinq litres de jus. Les producteurs de cidre recommandent de remplir le tank de fermentation à ras pour éviter l’oxydation du jus. Pour l’ensemencement, en Bretagne on compte d’habitude sur des levures indigènes présentes sur la peau des pommes. Je n’ai pas rajouté de levure mais par précaution j’ai ajouté le fond d’un cidre brut artisanal, histoire d’ajouter de la flore. Puis nous avons attendu quatre mois avant de déboucher notre première production.

Conclusion

Oui, notre premier jus est un échec. Mais oui, c’est vraiment sympa de fabriquer son propre cidre. La gestion des matières premières est un peu déroutante par rapport à la bière où commander son sac de malt et ses pellets de houblon n’est plus finalement qu’une affaire de quelques clics. Et il n’y a pas de brassage proprement dit, c’est le pressage qui devient le cœur du cœur.

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Bière, cidre, et dry hopping : mon rêve américain

P1030206Pour toi, cher(e) lecteur-ice, je me suis envolé vers le pays de l’Oncle Sam, il y a quelques semaines, pour découvrir les nouvelles tendances de notre boisson culte. Évidemment, je rêve comme tout beer geek d’Oregon et de sa capitale Portland, la Mecque des micro-brasseries, mais pour commencer (c’était mon premier transatlantique), j’ai sagement préféré rester sur la côte Est. En une semaine, j’ai bien sûr traqué la bonne bière, et voici le résultat d’un intense (et ingrat) travail de terrain.

Other Half Brewing

P1030198Ma première superdécouverte new-yorkaise. C’est une tap-room de la brasserie Other Half, qui se trouve à Brooklyn près d’anciens docks. La brasserie est toute jeune, elle a été fondée il y a seulement quatre ans en 2014. Et là où je me suis pris une claque, c’est sur la sélection proposée. Le parti pris est radical et franchement assumé: une quinzaine de bières houblonnées à cru, et derrière, seules une imperial stout, une stout et une berliner weisse qui se battent en duel… Et bim dans tes IBU. Le paradis des amateurs de bières trèèès amères, quoi, j’ai adoré. Mais par contre j’ai été un peu déçu par leur imperial stout, sans doute une question d’ordre de dégustation. Il est vrai que je m’étais jeté comme un mort de faim sur la première bière franchement houblonnée, because une précédente bière sans saveur bue la veille histoire de maintenir des relations familiales cordiales (oui, il faut savoir faire des concessions).

Le cidre contre-attaque

P1030255Le cidre, c’est le mal-aimé de nos tables françaises. On le relègue à la deuxième division, voire en CFA (la chandeleur) alors qu’il vaut beaucoup mieux qu’en accompagnement de crêpes, aussi bonnes soit-elles. A New-York c’est un caméléon: on parle de cider pour désigner le jus de pomme, à boire chaud avec de la cannelle sur les rares marchés qui existent encore dans la Grosse Pomme, ce temple dédié au gras « Dunkin Donuts », et de hard cider quand il y a de la picole.

Je ne vais pas vous mentir: ici aussi le cidre n’est pas roi. Mais il lutte pour sa survie, soit en rappelant l’âge d’or des producteurs de la vallée de l’Hudson (pour les nuls en géographie, c’est à côté), soit en innovant à tout va. Le gros truc actuellement, c’est de mettre du houblon dans le jus. C’est surprenant, parfois un peu écœurant, ça masque des fois le goût du cidre mais c’est quand même à essayer. La cidrerie Bad Seed a poussé le concept encore plus loin en mettant son jus de cidre à toutes les sauces: houblon, vieillissement en fût, utilisation de levure dédiées à la bière, etc. La palette de goûts proposée est autrement plus diverse que le duo brut-doux. Les puristes s’étrangleront sans doute devant la fusion des produits brassicoles mais qu’importe, c’est rafraîchissant et cela montre qu’on peut encore imaginer de nouvelles saveurs avec nos pommes.

Birch & Barley

P1030282Mes aventures outre-atlantique m’ont enfin mené au Birch & Barley, à Washington D.C., où je m’étais rendu pour voir Barack Obama avant que j’apprenne que le meilleur VIP mondial de la bière – souvenez vous de l’histoire de sa recette de bière au miel – avait malheureusement laissé la place à un hystérique rouquin. J’ai donc décidé de noyer mon chagrin dans l’alcool à la terrasse du Birch & Barley – oui, lecteur parisien, j’étais à Washington D.C. en MARS et en TEE-SHIRT en terrasse. J’avoue que là je me suis pris une claque avec leur sélection, c’est rare d’avoir un menu aussi complet en pression (ils proposaient également du vin sur d’autres pages mais je n’avais plus de batterie avec mon appareil photo)… Respect !  Mention spéciale pour la Fat Panda, une sour à l’ananas de la brasserie Rar, un brasseur local de la baie de Chesapeake. Cheers, mate.

Le houblon prend pied dans les fermes

J’ai bravé la gastro vendredi dernier pour faire un tour en voisin au Comice du houblon, organisé le 2 février dans le 12e arrondissement de Paris. Et il n’y a pas à dire, c’est un chouette événement qui rassemble toute la filière de la bière, au delà des amoureux des lianes résineuses.

Fans de bières, brasseurs, agriculteurs, biérologues, tout ce petit monde s’était donné rendez-vous dans le chaudron de l’espace Reuilly ou au bar, avec une bière spécialement brassée pour l’occasion. Je ne peux pas vous en parler, j’ai tourné uniquement au jus de pommes à cause de la maladie. Je peux juste vous dire qu’il est bien frustrant de venir à ce type d’événement avec la gastro dans les chaussettes, le moral en berne après quelques jours sans fruits frais et une diète forcée au riz nature ou aux pâtes fromage.

Mais, cher lecteur-ice, ce n’est pas à toi que je vais apprendre que la vie est parfois cruelle. J’ai quand même tenté de prendre quelques notes entre deux blagues à des amis de passage au Comice. Voici en vrac quelques idées à retenir:

  • Il y a un appel d’air (selon le Champ des possibles) pour des houblonniers en Île-de-France, et, comme pas mal de monde, j’ai hâte.
  • On s’en doutait: pour les néo-houblonniers, le séchage du houblon est un gros, gros challenge.
  • Entre l’ancien monde (la Cophoudal) et les nouveaux houblonniers, on est pas vraiment d’accord sur le champ de mines de la certification. En gros les seconds trouvent la procédure trop lourde que ce soit en matière administrative et financière, tandis que les premiers la jugent indispensable pour maintenir un niveau de qualité. A suivre…

Au vu de l’affluence au Comice, on peut s’attendre à des projets de création de houblonnières à venir ! En tout, Houblons de France attend la mise en culture de 20 à 25 hectares de houblons, et dans visiblement de nouvelles terres de conquête, comme en Auvergne-Rhône-Alpes, au plus près des nouvelles micro-brasseries, et plus seulement en Alsace et dans le Nord.

C’est important car pour le moment 70% des brasseries françaises importent leur houblon. On va pas se mentir, il n’y a pas encore de vague du houblon: pour l’instant les chiffres sont très modestes. L’année dernière, il y a eu ainsi 6 hectares plantés en France, avec en figure de proue Matthieu Cosson (lire ce vieux post), avec son premier hectare en Loire-Atlantique. Mais en 2018 il prévoit de cultiver deux hectares supplémentaires et moderniser son équipement. Ce qui  prouve bien la viabilité économique de ce type de projet, une bonne nouvelle, et qui devrait donner des idées à pas mal de gens…

(Photo de une: Une installation de houblonnière, au Québec / @arbre_evolution /FlickR)

La quête gourmande des bières noires

Dans l’univers des styles de bière, il y a une galaxie que j’affectionne particulièrement, ce sont les bières noires, je veux parler de la grande famille des Stout et de ses cousin-e-s. Ces bières emblématiques de la tradition britannique brassent large, de la Dark Mild (c’est une Ale légère brune aux arômes maltés discrets à la limite, voire juste à côté du style), au Porter (une Ale plus forte, aux accents torréfiés mais non brûlés), jusqu’enfin au célèbre Stout (dense, crémeux). Ce dernier se décline en plein de versions, avec aujourd’hui une déclinaison phare, le très serré et pétroleux Imperial Stout, bien chargé en alcool (presque dix pour cent) et en rondeur.

Photo A. Dombrowski https://www.flickr.com/photos/adombrowski/

Mais il y aussi la Robust Porter (Un Porter plus agressif, notamment sur le côté légèrement brûlé, avec parfois un houblonnage prononcé voir à cru), la Sweet/Milk Stout (Ronde, crémeuse et peu amère), la Stout irlandaise (Sèche avec une amertume variable), ou encore la Foreign Extra Stout (Sèche, plus forte, et avec en plus des arômes classiques des notes de réglisse, mélasse ou de raisin). Bien malin cependant qui distinguera en bouche les subtiles variations entre certaines des sous-familles de ce style parfois très proches. Toutes ces variantes ont évolué, soit en traversant les siècles, soit en fonction de l’imagination des producteurs, et sont avant tout ce que les brasseurs en font.

Photo Tavallai https://www.flickr.com/photos/tavallai/

On peut quand même retracer une généalogie du style: la Porter doit son nom à l’engouement des manutentionnaires londoniens du 18e siècle. Très à la mode avant de sombrer dans l’oubli dans la moitié du 20e siècle, elle a donc donné naissance à la famille des Stout (des Porter plus forts), qui ont depuis conquis le monde, non seulement avec Guinness, la marque la plus connue, mais aussi grâce à la réinvention du style par les brasseries artisanales généreuses en houblon, en arômes ou en alcool (et parfois les trois à la fois). En matière d’accords, on peut marier ces Stout aux fruits de mer, aux fromages, et pour les versions Imperial ou Foreign Extra, par exemple, aux desserts, au chocolat ou aux plats sucrés.

Le point commun de toutes ces bières, c’est que ce sont des Ales, des bières de fermentation haute, et qu’elles comptent dans leur bol de céréales une part de malts torréfiés qui vont donner ces arômes caractéristiques de café ou de chocolat. Les Porter et les Stout doivent leur caractère crémeux, rond et soyeux grâce à l’ajout d’avoine (et parfois de seigle) durant le brassage, ou, comme pour les millions d’hectolitres de Guinness servis en bar, grâce au tirage à l’azote qui permet de boire cette bière douce sous pression sans pétillance.

Le dernier livre de Girec Aubert, de Bière Masterclass

Pourquoi ces bières se sont-elles développées outre-Manche ? Comme souvent dans la bière, c’est dans l’eau que l’on trouve la réponse. « A l’origine, la torréfaction permettait d’abaisser le pH de l’eau dure avec laquelle les Porter étaient brassées, pour lui donner de la rondeur », explique l’ami Girec Aubert dans son excellent ouvrage « La bière c’est pas sorcier », qui vient de sortir chez Marabout et que je vous recommande vivement ! Il est très richement documenté et illustré, et facile à lire avec son système de rubriques.

Maintenant, on sait corriger le PH de l’eau pour lui donner plus de sels minéraux, propices par exemple à l’expression du houblon, ou moins, mais pendant longtemps la composition des eaux a dicté les styles de bière à brasser. Tout cela pour dire que cette semaine, j’ai continué la promotion de mon bouquin sur « La Bière bretonne », paru au début du mois de novembre. Et j’ai eu un appel d’un journaliste breton gourmand en quête des Stout bretonnes.

Où sont-elles, me demande-t-il ? Elles sont partout et pourtant finalement assez discrètes. Et c’est un peu paradoxal. Car au départ le renouveau de la bière bretonne s’inscrit en filiation directe avec les îles Britanniques. La bière noire de Coreff, lancée en 1989, a d’ailleurs marqué de nombreux brasseurs. Aujourd’hui, les bières noires bretonnes sont un peu en arrière-plan car les brasseurs, après cette première inspiration, sont allés chercher des recettes en Belgique, en Allemagne, maintenant aux États-Unis… Avec comme contrainte, me faisait signaler un professionnel breton suite à mon dernier post, un délicat équilibre à trouver pour les producteurs entre des bières « simples à boire », des bières locales, et des saveurs plus pointues.

Lire aussi : La Bretagne, terre de bonnes bières

C’est exactement ce que m’expliquait le patron de Coreff, Matthieu Breton, lors de mes recherches pour mon livre. « Pendant une quinzaine d’années, nous avions la Du (la bière noire), et l’Ambrée », se souvient-il. Mais la très grande majorité des ventes, c’est avant tout la Coreff Ambrée. La Noire, elle, dans l’ADN de la brasserie de Carhaix, s’adresse à un public très restreint (la part de marché globale des bières noires dans le monde est évaluée à seulement quelques pour cent).

Autant dire que cette bière ne fait pas partie des blockbusters de la brasserie. Elle n’est d’ailleurs plus produite par ce brasseur emblématique de Bretagne. Il garde cependant dans sa gamme une Stout sèche et amère. C’est un bitter Stout, disponible uniquement fût, onctueux à l’amertume puissante.

Aujourd’hui, la relève est là. Le maître actuel de ce style en Bretagne, c’est Xavier Leproust de la brasserie An Alarc’h (Le Cygne en breton). Sa première bière (en 1999) est, forcément, une bière noire, et il la peaufinera pendant près de deux ans. L’amateur de bières sombres a chez lui à La Feuillée, dans le Finistère, l’embarras du choix : La Hini Du, une Stout douce aux saveurs prononcées de café, la Roc’h Brown Ale, une mild, et surtout la Kerzu, un Imperial Stout intense bien crémeux et ténébreux.

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Qui d’autre fait des bières noires en Bretagne ? Et bien pas mal de monde finalement : les Alizés (La Noire), Kerampont (la Kurun Porter), La Guernouillette (Imperial Stout), Les Fous (Old stotat, Whyld mild), Touken (Stout), Grobul’Factory (Pète culasse), Bleizi Du (Stout), Pouldreuzic (Dark mild), Trévarn (Foreign Extra Stout), Le Bout du monde (Ruche noire), Da Bep Lec’h (Najkar Stout), Kerav’Ale (Oatmeal Stout), La Corbelle (Kervizic), La Paumell (Porter), Montreuil-sur-Ile (Porter), Sainte-Colombe (Bretonne Pie noire), RZN City Ales (Porter), Baca (Sweet Stout), Bouyer (Eklipso, Stout au whisky breton), La Divatte (Noire), Philmore (Noire), De L’Estran (Irish Stout), La Bambelle (Camber noire), La Dilettante (Chocolate Porter), Saint-Georges (Porter)… Et une mention spéciale pour finir pour la brasserie expérimentale du Moissonneur, dans le Morbihan, qui s’est attaqué à la fabrication d’un Stout à l’huître ! Bref, il y a de quoi faire. Et cela montre une nouvelle fois qu’entre la petite et la grande Bretagne, il n’y a que quelques milles marins qui nous séparent…

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La Bretagne, terre de bonnes bières

Il y a une semaine, en tournée de promotion en Bretagne auprès de la presse pour vanter les mérites de mon nouveau livre, « La bière Bretonne », paru en ce début de mois de novembre aux éditions du Coin de la rue, j’ai refait quelques détours par des bons spots à boire rennais. Côté couleur régionale, le résultat est mitigé : les caves ou les bars ont bien quelques bons flacons, mais cela reste limité par rapport à la diversité offerte par les brasseries bretonnes actuelles. Certains lieux préfèrent même carrément proposer une offre exclusivement tournée vers l’international, m’expliquant en gros que les brasseurs bretons (et français) ne sont pas au niveau.

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Il y a du vrai là dedans : il n’existe pas de brasserie bretonne aussi réputée que Mikkeller ou Trou du diable, par exemple. Le positionnement des brasseries locales, souvent plus axé sur l’identité régionale que tourné vers l’originalité des créations, n’aide pas à l’émergence de tels établissements. Et pourtant, il y a du bon chez les bretons ! A la dernière Paris Beer Week (je suis adhérent de l’association organisatrice), on a ainsi pu apercevoir au Grand final trois brasseries bretonnes, An Alarc’h/ Tri Martolod, La Dilettante et Skummen.

C’est un signe qui ne trompe pas : les bières bretonnes gagnent en réputation. Elles sont de plus en plus diverses, avec une bonne partie de l’ (immense) palette de la bière qui est désormais représentée en Bretagne. Bien sûr, on attend le premier brasseur à faire une Neipa, une india pale ale plus trouble et plus fruitée, ou une Göse, une bière salée de fermentation haute complétée par une fermentation sauvage, mais sinon, il y a pas mal de choses à boire. Alors voici une petite sélection de bières bretonnes à découvrir :

Dans la famille des bières de style anglais, popularisées en Bretagne avec Coreff, le précurseur, j’ai été agréablement surpris par la Whyld (3,1%) de la brasserie Les Fous, à Carnoët, une Mild. Brune, avec des reflets caramels, elle mêle café et flaveurs tourbées au nez et en bouche. Côté Porter, je vous invite à essayer la Kurun (5%) de la brasserie Kerampont aux arômes intenses de café et de chocolat. Il y a aussi la Ruée vers l’hop (6%) de la brasserie de la Paumell qui est vraiment sympa, riche en arômes de chocolat, de café, de pain grillé et de réglisse, avant de dévoiler une amertume mesurée.

kerzu-33clMais pour le coup, le King de la bière noire en Bretagne est incontestablement An Alarc’h. Entre la Hini Du ou la Roc’h Brown Ale, il y a de quoi faire, mais ma préférée est la Kerzu (7%), son Imperial Stout. Bien crémeux, intense, il révèle de puissants arômes de café, de chocolat noir et de céréales grillés. A boire l’hiver, en digestif, ou quand vous avez envie.

L’autre famille très présente en Bretagne, c’est les bières de style belge. Les deux précurseurs sont là aussi très bien identifiés : c’est Lancelot et Sainte-Colombe. On peut goûter par exemple La Blanche (5,5%) de Sainte-Colombe, une Witbier caractéristique, douce, fruitée, et épicée.

Même Coreff s’est mise au style belge devenu très populaire dans les années 90 et 2000 avec sa Strong ale (7,5%), une bière blonde cuivrée de fermentation haute faisant la part belle aux céréales mêlés à de légères notes épicées. Et si on compte de très (trop?) nombreuses « triple », on peut tenter les yeux fermés la Dirty Chicken (7%) de la brasserie de Trévarn, une bière spéciale de noël qui fait la part belle aux épices (de la cardamome, du gingembre et du poivre).

bat-la2bgargantePour continuer dans les styles classiques, on peut faire le détour par la brasserie de Pouldreuzic, dans le Finistère, pour goûter son ambrée bio (5,6%), une bière à la robe orangée qui exprime de belles notes de caramel et de réglisse. Il y aussi la Chonchon (6,2%) de La Belle joie dans le Morbihan, une ambrée crémeuse marquée par le pain grillé et le café, et bien sèche en finale. Je vous invite également à aller faire un tour du côté de la Bambelle, à Saint Gravé dans le Morbihan, pour goûter notamment la Gargante (4,8%), une bière dorée au nez herbeux, floral, avec des notes de pamplemousse et de blé. Une dernière pour la route : la Britt (le plus gros brasseur breton en volume de production) blonde Melen (6%), une bière au froment soyeuse et moelleuse avec l’ajout de sarrasin.

Côté bières aromatisées, il y a bien sûr la Cervoise de Lancelot (6%), qui est avant tout une bière bien plus qu’une cervoise, mais qui a le mérite de populariser l’utilisation d’autres herbes aromatiques (la recette n’est pas dévoilée mais on sait qu’il y a du houblon et du genévrier). D’autres brasseurs sont très imaginatifs : la brasserie de Trévarn a fait la Mignonne Endemik (6,5%) avec un houblon local endémique, et la brasserie Saint-Georges jongle avec les herbes dans sa Pale Ale (4,7%), un exercice maîtrisé par le brasseur.

Lire ce post: La revanche des plantes amères

Dans les bières tourbées, il y a celle de la brasserie Touken à Minihy-Tréguier, (Philomenn tourbée, 8 %), une bière corsée avec un petit air de whisky pas déplaisant. Dans le même style je recommande fortement la Scotch Ale de Saint-Georges, une réussite. J’ai enfin bien apprécié la Grande exploratrice (9%) de l’Âne Brasseur, une bière brune qui tend vers le Barley Wine, gourmande, riche en saveurs de fruits, dattes et de pruneaux.

bo33Arrivés à ce paragraphe, vous vous demandez peut-être si les bretons se sont aperçus de la vague des bières houblonnées, la grosse tendance de ces cinq dernières années quand même! Ben, la réponse est oui, même s’ils ont peut être un peu tardé à prendre ce virage. Il y a par exemple la Session IPA (4,8%) de la brasserie Uncle, une bière au nez de résine et d’herbes accessible pour découvrir en douceur ces bières amères. Il y aussi la Baril Originale (5,3%) de la brasserie brestoise du Baril, une American Pale Ale florale qui imprime sa marque de pamplemousse dans le palais, ou la Blonde qui coule (5,2%) de La Dilettante, à la longue amertume. Il y a même Tri Martolod, le spécialiste breton de la fermentation basse, qui fait la Tricerat’Hops (6%), une « Prehistorik Breizh Lager » houblonnée avec de l’Amarillo. Plus corsé, les rennais de Skumenn ont sorti une belle double IPA, la Dehli Dehli (7,5%), au nez bien intense d’herbes et de fruits (raisins, agrumes, prunes, et fruits tropicaux).

Enfin, une brasserie bretonne s’était spécialisée dans les Sour, Pied de Biche. Pas de bol, la brasserie a fermé. Le flambeau est pour l’instant repris par La Dilettante et Skumenn qui ont fait une Berliner Weisse en collab’, l’El Dorado, que je n’ai malheureusement pas eu le temps de goûter par contre. Mais surtout, il y a l’Âne brasseur qui a un ambitieux projet en cours de bières vieillies en solera. Ce seront peut-être les premières gueuzes locales, pour le coup des Gouez! De très bon augure pour le futur des bières bretonnes…