Les brasseurs rêvent-ils de robots électriques?

Le high-tech est-il soluble dans la fabrication de bière? Oui, répondront la plupart des beer geeks, digitals native ou millenials biberonnés aux internets. Moi aussi, j’aime bien, mais nombre d’innovations dans ce secteur me font penser au dernier gâteau (râté) qu’on m’a fait goûter, quand la personne qu’il l’avait fait avait échangé la farine de blé par une farine de châtaigne fumée: surprenant et désagréable.

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Par exemple, je ne comprends vraiment pas l’intérêt de remplacer les brasseurs par une intelligence artificielle. Bien sûr, être assisté dans la phase d’élaboration d’une recette est un vrai plus, mais déléguer totalement cette étape, c’est se priver de ce qui fait le sel de ce métier. Comme le dit le biérologue Hervé Marziou, cité dans ce papier de Slate, « le danger, c’est d’appauvrir la réflexion du brasseur sur son produit, son intuition. Faire une bière, c’est comme cuisiner. Le résultat peut être légèrement différent, même avec la même recette ».

Mais le high-tech apparaît souvent là où on ne l’attend pas. Je viens changer de crémerie (professionnellement parlant) et j’ai rencontré cette semaine au cours d’un reportage dans le ch’nord le dirigeant d’une société de robotique. Ce dernier m’a vanté avec force persuasion les mérites des robots collaboratifs (des robots qui assistent l’homme)… dans la brasserie.

En fait, il s’agit simplement d’avoir un bras articulé avec une grosse pince en bout de chaîne d’embouteillage. La machine va saisir les bières embouteillées tout juste produites, et les placer dans un carton. On est donc loin ici des romans de Philip K. Dick et on ne parle pas d’une machine à installer dans une grosse usine: le client de ce « Mr. Robot » était une brasserie employant cinq personnes, qui a acheté d’occasion ce robot collaboratif pour éviter une tâche fastidieuse gourmande en temps et en énergie.

La plupart des petits brasseurs que je rencontre sont souvent obligés de jongler avec un investissement réduit d’un côté, et une grosse demande de l’autre. Lors de mon dernier safari-bière dans le Finistère, un brasseur m’avait même expliqué ne pas vouloir être « esclave de sa brasserie », c’est-à-dire être obligé d’enchaîner les trois-huit pour répondre à l’engouement actuel pour les bières artisanales.

Ce genre d’invention devrait intéresser les brasseurs artisanaux soucieux de se libérer du temps pour d’autres tâches: brasser, élaborer des recettes de bière, parler de leurs bières… Cela me fait penser au paradoxe des libraires: venus pour l’amour du livre, ils découvrent que la librairie c’est avant tout la manutention des livres reçus et invendus! Triste réalité…

 

 

Quatre nouvelles variétés de houblon pour la nouvelle année

Elles étaient attendues! Quatre nouvelles variétés de houblon viennent d’être dévoilées par la coopérative alsacienne Cophoudal, associée au Comptoir agricole pour l’occasion, annonce Houblons de France. GJ2, GR50, GS10 et P10-9 vont peut-être bientôt rejoindre sur les étagères des brasseurs les variétés déjà cultivées dans l’Est de la France, Triskel, Aramis, Bouclier, Barbe Rouge, et Mistral.

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Le Triskel (Photo Comptoir-agricole.fr)

C’est le résultat d’un programme de recherche variétale mis en place par la Cophoudal et le Comptoir Agricole en 2001, « dans le but de répondre à la demande des brasseurs ». Les nouvelles variétés sont alléchantes (pour tous ceux qui aiment bien les bières largement houblonnées).

« Ces nouvelles variétés sont résolument tournées vers la demande des craft brewers : Taux d’HE (Huiles Essentielles) plus élevé que la moyenne française, les arômes sont orientés vers les agrumes et fruits jaunes, le tournant qui s’était timidement profilé avec le Barbe Rouge et le Mistral dans les dernières années est maintenant assumé. »

Par exemple, le Mistral est un croisement de Cascade et de Strisselspalt. Il est « subtil tant ses arômes délicats tendent vers les fruits blancs et développe des senteurs florales », et « idéalement utilisé en houblonnage à cru pour exprimer ses arômes doux et fruités dans la bière ».

Cent kilos de ces variétés expérimentales, récoltées en septembre, ont été confiées à Houblons de France, « afin de les proposer aux plus aventuriers d’entre vous sur notre campagne de financement participatif ». De quoi faire saliver les nombreuses petites (ou grandes) brasseries françaises, qui sont confrontées comme leurs homologues à des difficultés d’approvisionnement, la faute à une demande de houblon en hausse ces dernières années.

C’est que le temps du brasseur n’est pas forcément le temps du planteur… Houblons de France cite ainsi Francis Heitz en charge de la qualité et de l’export au Comptoir Agricole. « En tant que plante pérenne, on sait qu’un programme houblon durera au moins 15 ans et sera par conséquent extrêmement coûteux », explique-t-il.

Si vous aimez l’agronomie, je vous encourage à aller lire l’article détaillé de Houblons de France. Quant à moi, je crois que je vais aller boire une bière à la santé des houblonniers…

 

Les avocats de Paris plaident pour la bière artisanale

On connaissait le groupe Bilderberg, la Skull and bones society, ou encore l’ordre de la franc-maçonnerie… Il faudra désormais compter avec un nouvel cercle d’influence qui devrait rapidement prendre du poids dans la bière, l’association « Biérologues au Palais« . Cette société (pas dutout  secrète elle) a été créée à la fin décembre par trois avocats qui officient à Paris, Martin Pichon, Stephen Chauvet et Pierre Galmiche (qui sera d’ailleurs invité au prochain Comice du houblon, le 3 février prochain).

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Si je brode autour des sociétés secrètes qui hantent les nuits des conspirationnistes, c’est non pas pour suggérer une quelconque inclinaison de cette nouvelle et tres estimable association, mais au contraire pour remarquer que le lobby de la bière, dans le bon sens du terme, commence à prendre du ventre (enfin du poids, quoi).

Il n’y a pas de miracle: si vous voulez vous faire entendre, il faut se rassembler. Ces derniers mois, nous avons eu ainsi l’éclosion du syndicat national des brasseurs indépendants (lire ce vieux post), qui donne un coup de jeune à la représentation patronale du secteur, trustée depuis longtemps (1880) par Brasseurs de France. Enfin, il y a eu, il y a trois ans, la création du groupe d’étude sur la filière brassicole à l’Assemblée nationale.

Mine de rien, la création de l’association « Biérologues au Palais » sonne comme une reconnaissance, une nouvelle fois, des qualités gastronomiques de la bière, désormais invitée de plein droit dans cette institution de notables (si si) qu’est le palais de justice de Paris. L’association rejoint les nombreux cercles de loisirs proposés par les avocats du barreau de Paris: les œnologues, le « Club du chocolat » ou encore  les « Amis d’Elton John« .

« Créée à l’initiative de trois jeunes avocats, férus de bières artisanales », cette association « a pour vocation d’être, pour les professionnels du droit du ressort de la Cour d’appel de Paris, un lieu de rencontre et de découvertes ».

Pas sectaire, l’association devrait « organiser des événements réguliers, réservés ou non aux adhérents, permettant de découvrir la bière dans tous ses aspects ». Le premier rendez-vous aura lieu le mercredi 25 janvier à Bières Cultes, dans le 5e, un rendez-vous ouvert à tous les curieux. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà adhérer à l’association via HelloAsso !

La route des bières anglaises existe, elle est (elle aussi) sur Umap

Depuis l’invention du rail, les anglais ont toujours eu un train d’avance. A la lecture de cette super infographie, on peut se dire qu’ils ont aussi une carte d’avance ! Le wikiproject United Kingdom breweries recense en effet les brasseries, cidreries, distilleries et vignerons de notre voisin anglais…

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Chaque entrée est cliquable, avec généralement au moins un numéro de téléphone (pour par exemple planifier sa visite), ou l’adresse d’un site internet… Le plus: les brasseries sont divisées en trois types, les micro, les petites et les grandes.

La carte donne un bon aperçu de la dissémination des petites brasseries dans ce pays pionner, grâce notamment à l’action de l’association la Camra, la « Campaign for the real ale », fondée en 1971 pour justement mettre en avant les productions locales, et qui a elle-même inspiré les premiers micro-brasseurs bretons (et français) de la brasserie des Deux rivières, devenue Coreff après le succès que l’on sait.

Perso, je suis déçu de voir si peu de micro-brasseries à Londres – mais cette ville doit certainement se rattraper du côté des beer geeks pub. Si vous voulez voir du producteur anglais, mieux vaut se rendre dans l’East of england ou du côté de Nottingham et de Birmingham…

Et puisqu’on parle de cartes, voici en bonus le top 5 des articles publiés en 2016 sur ce blog:

Bonne année !