Les brasseurs indépendants ne comptent plus pour des prunes

Vous avez peut-être loupé le « Dallas » qui secoue le monde de la brasserie française, avec la sécession de nombreux brasseurs de l’organisation professionnelle historique, « Brasseurs de France », partis créer le syndicat national des brasseurs indépendants, en juin (lire ce vieux post). Et ben pas moi ! J’étais donc très curieux d’assister, il y a une semaine, vendredi 2 décembre, à la première conférence de presse officielle du tout nouveau syndicat.

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Le logo du SNBI

Le petit monde des organisations patronales est parfois mystérieux pour les non initiés, mais sachez que derrière des titres ou des discours parfois ronflants, c’est avant tout des hommes et des femmes qui siègent derrière le genre de tables où nous nous affalions joyeusement dans notre lycée, en U donc et bien beiges. Vous voyez donc le tableau…

Je me moque, mais pourtant cette conférence qui réunissait la fine fleur des brasseurs artisanaux français à la chambre des métiers, à Paris dans les quartiers rupins du huitième arrondissement, était très intéressante ! La poignée de journalistes présents ont ainsi appris que le syndicat national des brasseurs indépendants compte désormais, après quelques mois d’existence, plus de 180 adhérents. Une « énorme vague, source de motivation quotidienne » qui « démontre, s’il en était besoin, l’attente de l’ensemble des brasseurs indépendants ».

« Notre porte est ouverte à l’ensemble des brasseurs indépendants français qui se reconnaissent dans un syndicat ouvert, actif et tolérant, mais qui saura rester ferme et agir quand l’industrie tentera de franchir la ligne continue ou tentera de faire obstruction à la progression de la brasserie indépendante. »

« Nous n’avons rien contre le syndicat historique qui représente, c’est bien identifié maintenant, les industriels, précise ce lobby, dans le bon sens du terme, de l’artisanat brassicole. Nous faisons le même métier mais nous n’avons pas forcément les mêmes intérêts. »

Les ponts ne sont donc pas coupés: une brasserie peut être membre des deux organisations. Mais quant on voit les dossiers en cours, on a du mal à croire que les couteaux ont été rangés dans les fourreaux, tant les intérêts peuvent être opposés… Si vous suivez mon regard, vous arrivez sur le listing chargé de la feuille de route du SNBI pour 2017. Voici en vrac quelques uns de ces dossiers à suivre:

  • Travail pour faire revivre le « titre de brasseur » des chambres des métiers et de l’artisanat en définissant un nouveau référentiel de formation
  • « S’attaquer au problème croissant des bières mensongères », les bières à étiquettes
  • Créer un label « bière indépendante de France »
  • Continuer les discussions avec le concours général agricole pour mettre en avant « l’excellence des savoirs-faire de nos terroirs ». Une manière pudique pour rappeler le nécessaire suivi des catégories parfois loufoques du concours le plus suivi de France: le SNBI a dû monter au créneau devant la multiplication des catégories de bières aromatisées, une croissance un peu crétine et bien pratique pour être sûr de pouvoir apposer sur son pack la mention « Médaillé du CGA ».

Enfin, le syndicat est revenu sur un décret, publié en novembre 2016, qui vient de modifier, habitude bien française, la réglementation sur la bière. « C’est une légère avancée mais on aurait pu aller plus loin », explique le syndicat: par exemple, le nouveau décret ne définit pas assez précisément ce qu’est la bière de garde.

Rêvons un peu, et imaginons demain un monde brassicole plus transparent, plus beau, plus divers, bref plus cool: le décret aurait ainsi pu comprendre une définition légale des bières d’abbaye. Et là, c’est le drame, le rêve s’écroule puisque selon le SNBI cette disposition imaginée pour le décret a été retoquée au dernier moment.

Pas étonnant: on imagine l’émoi des (très gros) brasseurs qui produisent des bières d’abbaye qui n’ont de l’abbaye que le nom, pour la caution « tradition » et le marketing, au lieu de bêtement dire qu’ils font des bières de style belge riches en alcool et en sucre! Les affaires de gros sous passent bien évidemment avant John Lennon (Voir cette chanson pour ceux qui n’ont pas compris)…

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Une réflexion sur “Les brasseurs indépendants ne comptent plus pour des prunes

  1. Ping : Les avocats de Paris plaident pour la bière artisanale – Blog (à bière) sous pression

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