La consigne, ça vous gagne (en Bretagne)

J’avais 20 ans, je découvrais l’Europe en stop et en sac à dos, entre squats punks et camping sur des aires d’autoroute, et ma rencontre, un soir éméché en Bavière, avec les bouteilles consignées ne m’inspirait que mépris et haine devant la nécessité de cracher encore quelques centimes d’euros supplémentaires pour boire une bière.

biere

Mais ça, c’était avant, avant de devenir un hipster sans barbe et sans slim, bref un cycliste parisien convaincu soucieux de l’intégrité de ses pneus en roulant sur du verre brisé. Et cette semaine, un article a attiré mon attention sur cette question épineuse.

Car contrairement à nos voisins allemands, où la consigne de canettes de bière est généralisée, les français considèrent plus utile de jeter les bouteilles en verre dans des conteneurs à verre et/ou sur les forces de l’ordre lors des manifestations.

Les choses pourraient pourtant changer (non, je ne parle pas de la loi « Travail »), car une association bretonne, « Distro« , pour « An Distro », le retour en breton, milite pour le retour de la consigne.

« Le terreau est propice à sa mise en place, explique à Ouest-France Patrick Créac’h, chargé de mission à Distro. Les modes de consommation ont évolué. Les gens veulent produire moins de déchets. La consigne est écologique, surtout sur un territoire restreint comme la Bretagne. »

L’association, créée en septembre 2015, regroupe des poids lourds du secteur brassicole breton: la Brasserie Coreff, la Brasserie de Bretagne, la Brasserie Lancelot, Tri Martolod, et aussi des structures plus petites, la Brasserie du bout du monde, la Brasserie du baril, et enfin deux cidreries, Cidre Dorval et Le p’tit Fausset. Soit, explique l’association, « 85% de la production bretonne de bière en volume ».

La consigne, oui, mais pourquoi? Selon l’association, la consignation des bouteilles de bières devrait permettre des « gains environnementaux, une réduction des dépenses pour les collectivités locales, des gains économiques pour les producteurs et une différenciation au niveau du marketing, la création d’emplois dans l’insertion et le handicap et des ressources nouvelles pour le monde associatif ».

Ainsi, par exemple, le coût d’une bouteille neuve est évalué à 30 centimes par Patrick Créac’h, de Distro, contre 16 centimes pour une bouteille récupérée et lavée qui peut être utilisée pendant… 19 ans. « La création d’une filière génère aussi des emplois, c’est un cercle vertueux », poursuit-il, chaque bouteille faisant l’aller et retour entre la brasserie et le gosier du consommateur environ 6 à 7 fois par an.

Par contre, la consigne impose le recours à des bières au verre renforcé et à des modèles standards. L’association note enfin une « grosse pression des lobbies du verre pour l’abandon total de la consigne », soulignant les « gains économiques considérables » de ces derniers « à fabriquer des bouteilles neuves à partir du verre broyé plutôt qu’à partir du sable ».

Pas sûr donc que le changement soit pour maintenant. On en saura certainement plus dans quelques mois, à l’issue de l’étude de faisabilité lancée par Kéjal, une société coopérative d’intérêt collectif qui est le bras armé de Distro. Son (sans doute épais) compte-rendu est attendu pour mars 2017.

Autre territoire, autres mœurs, outre-Atlantique, la moitié des bières consommées aux États-Unis ne sont pas contenues dans un récipient en verre, mais dans une canette en aluminium. Ces canettes nécessitent des emballages en plastique, qui finissent dans les océans par pourrir la vie des dauphins et des tortues.

Selon l’AFP, la brasserie Saltwater, « une entreprise artisanale installée à Delray Beach dans le sud de la Floride, a décidé pour tenter de remédier à ce problème » en créant un emballage comestible et biodégradable, « à partir de résidus de la fabrication de bière elle-même, comme l’orge ou le blé ». Une idée transposable en Europe? Yes we can.

Publicités

2 réflexions sur “La consigne, ça vous gagne (en Bretagne)

  1. Hubert Le Jeune

    Bravo aux brasseurs et cidreries à l’origine de cette initiative. Récupérer le verre n’est pas plus astreignant pour le consommateur car de toute façon il fait déjà la démarche de le déposer dans les conteneurs.
    Si les brasseurs peuvent s’organiser pour la logistique en amont – et çà se fait déjà dans d’autres régions de France – c’est gagné avec à la clé gain écologique ( il faut de l’énergie pour fondre le verre je pense) et création d’emplois durable… franchement c’est une initiative que j’attends depuis longtemps. Comme quand j’étais gamin on ramenait les bouteilles à l’épicerie c’était simple et même convivial : on annonçait le nombre de bouteilles déposées – la serveuse vous faisait confiance – et on y gagnait la consigne en ristourne ! De l’écologie simple et efficace : vous pouvez compter sur moi !

    J'aime

  2. Jean Claude MESRE

    Bonjour, super le retour de la consigne
    J ai 52 ans et j ai connu la consigne quand j étais enfant …..
    L’excellent cidre KERNé à Pouldreuzic(29) pratique déjà une forme de consigne lorsque l on ramène les bouteilles à la boutique
    Chez Kerné rien n’est gaspillé 🙂
    À la cidrerie, toutes nos bouteilles sont consignées, alors n’hésitez plus, rapportez vos bouteilles de cidre et jus de pomme à la boutique, elles vous seront reprises (20 cts pour les grandes et 10 cts pour les petites).

    cordialement

    .

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s