En juin, brasse ce qu’il te plaît

Ils sont comme ça, les brasseurs: ils ne peuvent pas s’empêcher d’imaginer de nouvelles bières. Voici une sélection de liens glanés ici et là:

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  • C’est la brasserie qui monte en Bretagne! Skumenn (Ille-et-Vilaine) vient de sortir une nouvelle double IPA, la Delhi Delhi. « Pour cette recette, nous avons cherché à maximiser l’expression de deux variétés de houblons très aromatiques, afin d’obtenir une bière à fort caractère », expliquent les brasseurs. Ces derniers ont utilisé du Mozaïc (notes d’agrumes, de fruits tropicaux, de fruits rouges, associées à des notes herbacées, terreuses et de pin) et du Summit (arômes citronnés ainsi qu’une amertume franche).
  • Une nouvelle bière collaborative du côté de la brasserie de la Goutte d’or (Paris), cette fois-ci avec le Brussels Beer project. Il s’agit de la Stereo Lips, une Rye IPA, « chaleureuse et épicée aux arômes vanillés et pimentés ».
  • La microbrasserie Grenaille (Meurthe-et-Moselle) et la brasserie Cheval lancent une bière collaborative, la « Y’a plus de saison », brassée en janvier dernier. C’est une saison, évidemment, élaborée à partir de quatre céréales bio (malts d’orge, de blé et d’épeautre, et flocons d’avoine), et d’un houblon aromatique allemand (Mandarina Bavaria). Attention, les brasseurs avertissent sur le « nombre très limité de bouteilles disponibles ».
  • Attention, pétrole: la brasserie des Bières Bellon (Indre) annonce une nouvelle « Bleu Pétrole Impérial Stout », une bière forcément « très très noire et épaisse ». Elle titre 11 degrés d’alcool et sera vendue exclusivement en bouteilles.
  • Enfin, un financement participatif réussi de plus (encore un!) du côté de la brasserie Aquae Maltae (Bouches-du-Rhône), qui cherchait des sous après son lancement en novembre 2015. Les brasseurs ont réussi à mettre dans leur besace 15000 euros environ sur Ulule. Si vous avez loupé cet appel et ne savez pas quoi faire de vos sous, direction la Freaky Brewery, un projet qui a besoin d’aide pour l’ouverture d’une brasserie rock’n’roll en Bourgogne!

La Lagunitas, l’IPA qui veut conquérir le monde (et d’abord la France)

« Tony veut en faire la première IPA au monde. »

Voilà, résumée en quelques mots sur un trottoir parisien à la mi-juin, la philosophie du patron de la Lagunitas Brewing Company, Tony Magee, à propos de sa bière phare, son « flag ship », la Lagunitas IPA, par son ambassadeur en France, un hipster barbu nommé Bryan Joly chaudement emmitouflé dans une épaisse chemise à carreaux.

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Ce jour-là, au Bar & Beer, un troquet idéalement placé dans ma rue dans le 12e, la brasserie californienne poursuit un marathon d’une semaine à la rencontre des beer geeks français, entamé en dédicace au lancement prochain de la Lagunitas IPA sur le marché français des assoiffés de bière (après l’Angleterre, la Suède et l’Irlande, mais avant le Danemark).

La conquête du monde par la Lagunitas passe donc provisoirement par la France, un marché jugé « mûr » par cette brasserie fondée en 1993, et désormais détenue à 50% par Heineken, depuis l’an passé, ce qui a fait couler beaucoup d’encre. L’annonce a en effet fait jaser dans le milieu de la craft beer, et sauf surprise, les bars à beer geeks emblématiques parisiens devraient boycotter la IPA californienne.

Les représentants de la brasserie jurent que l’association avec Heineken doit seulement aider la brasserie à l’export et lui permettre ainsi de réaliser son (machiavélique) plan de domination du monde de la IPA. Évidemment, non, ils ne le disent pas comme ça, mais c’est l’idée, et ils ont besoin d’argent car les Lagunitas ne jurent que par le fût réfrigéré, le seul permettant la conservation optimale des bières très houblonnées (enfin c’est ce que j’ai compris dans mon international anglish).

Plus sérieusement, malgré ce pacte avec le diable hollandais, la Lagunitas restera uniquement produite sur les trois sites (Petaluma, Chigaco et une en construction à Azusa), mais pas par Heineken, soit, selon les confrères du Fig‘, une capacité de production de un million d’hectolitres en 2015. 1993, le lancement de la brasserie par Tony Magee, qui s’ennuyait alors dans son boulot d’imprimeur, est quand même bien loin.

La IPA, qui doit déferler prochainement sur la France comme un bon gros swell sur la côte ouest, est sèche en bouche et présente des notes herbeuses avec ses houblons tradis, cascade et centennial, avec des arômes d’agrumes au nez. Lagunitas jure ne pas avoir changé la recette depuis 1995, donc forcément depuis des bières plus amères sont sorties, ce qui en fait finalement une IPA presque light (son IBU est autour de la quarantaine) par rapport à d’autres shapes.

Pas de bitter porn donc: c’est un bon point en sa faveur pour la conquête d’un marché des IPA devenu emblématique mais finalement peu accessible au grand public – l’une des critiques des « IPA » lancées récemment par les mastodontes du secteur est qu’elle sont trop édulcorées à force de vouloir coller au palais de la ménagère de moins de 50 ans (lire ce vieux post). A son lancement, il y a 21 ans, la tendance locale était plutôt aux american pale ales et aux bières aux fruits, me confie Chris, un autre hipster barbu (décidément, encore un !) en charge du marketing et des ventes de Lagunitas, également présent à Paris pour la promo de la bière.

Il me raconte plein d’autres anecdotes, que j’ai parfois peine à comprendre et que je vais sans doute déformer, car à part un séjour de six mois comme commis-serveur à Londres, mon level d’anglais m’a toujours valu d’être la risée de mes professeurs. Ainsi, Tony Magee aurait été chassé de la ville de Lagunitas (un bled au nord de San Francisco) pour avoir pollué en quelque sorte les eaux de la ville; le patron a rencontré son associé par hasard en caisse en buvant des coups; et le boss de Brewdog, qui a clashé avec les californiens depuis le deal avec Heineken, préfère l’hélico au vélo, ce qui n’est pas très punk attitude.

C’est son deuxième jour de promo en France et comme ses collègues de la Lagunitas, il profite du voyage pour découvrir les bières françaises et vérifier que Paris est bien la capitale de l’amour. Mais rapidement, je découvre que nos amis américains auraient été aussi heureux en Hollande ou à Copenhague dans le quartier de Christiana, si vous voyez ce que je veux dire.

L’un d’entre eux (et même sous la torture, non, je tairais toujours son nom) s’enquiert ainsi des possibilités d’achat d’herbe dans le coin. Pas très compliqué, vu qu’à Paris l’odeur forte de la beuh imprègne les rues. Mais au moment où je vais réaliser ma reconversion professionnelle, de journaliste à fixeur dans les (presque) no-go zones, l’inattendu se produit.

Mon ami américain a une astuce pour franchir en douceur les frontières: c’est une cigarette électronique modifiée qui permet de tirer soit de la vapeur de nicotine, soit des vapeurs de THC. Alors à ce moment là, j’en suis à ma deuxième bière, et mon anglais passablement correct est descendu au niveau médiocre, ce qui fait que je m’étouffe un peu quand l’amerloque explique que sa cigarette électronique titre à 70% de THC. C’était sans doute 17% mais ça fait quand même beaucoup.

Je comprends mieux maintenant pourquoi il riait énormément. Au goût, ça ressemble plus à la fin des pipes à eau, mais ça passe. A l’abri des regards indiscrets, je tire quelques lattes par conscience professionnelle, assez pour mettre high sans être stoned. Bref, je suis rapidement défoncé, et comme j’habite à côté je décide lâchement de rentrer at home. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour ses lecteurs ! Une bonne histoire pour le blog, je me dis le long des quarante mètres qui me séparent de mon deux-pièces.

Et ben pas seulement. Un chapitre entier (enfin un paragraphe) de la page wikipedia de la brasserie est consacré aux liens entre la marie-jeanne et la brasserie, qui a eu « des problèmes juridiques », avec le nom d’une de ses bières, associé à l’herbe, la 420. Les autorités locales ont jusqu’à été faire un contrôle dans les locaux, le jour de la Saint-Patrick en 2005, pour enquêter sur du deal dans les locaux.

Selon notre ami wikipedia, Tony Magee a répondu que « personne n’était prêt à en vendre », mais plutôt « à en donner gratuitement » – visiblement la législation est plus permissive là-bas qu’en France. Une bière, la Undercover Investigation Shut-down Ale, commémore cet épisode, et ajoute une pointe de cool-attitude au marketing très léché de la brasserie. L’esprit de conquête du monde, ça se cultive, à n’importe quel prix.

La consigne, ça vous gagne (en Bretagne)

J’avais 20 ans, je découvrais l’Europe en stop et en sac à dos, entre squats punks et camping sur des aires d’autoroute, et ma rencontre, un soir éméché en Bavière, avec les bouteilles consignées ne m’inspirait que mépris et haine devant la nécessité de cracher encore quelques centimes d’euros supplémentaires pour boire une bière.

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Mais ça, c’était avant, avant de devenir un hipster sans barbe et sans slim, bref un cycliste parisien convaincu soucieux de l’intégrité de ses pneus en roulant sur du verre brisé. Et cette semaine, un article a attiré mon attention sur cette question épineuse.

Car contrairement à nos voisins allemands, où la consigne de canettes de bière est généralisée, les français considèrent plus utile de jeter les bouteilles en verre dans des conteneurs à verre et/ou sur les forces de l’ordre lors des manifestations.

Les choses pourraient pourtant changer (non, je ne parle pas de la loi « Travail »), car une association bretonne, « Distro« , pour « An Distro », le retour en breton, milite pour le retour de la consigne.

« Le terreau est propice à sa mise en place, explique à Ouest-France Patrick Créac’h, chargé de mission à Distro. Les modes de consommation ont évolué. Les gens veulent produire moins de déchets. La consigne est écologique, surtout sur un territoire restreint comme la Bretagne. »

L’association, créée en septembre 2015, regroupe des poids lourds du secteur brassicole breton: la Brasserie Coreff, la Brasserie de Bretagne, la Brasserie Lancelot, Tri Martolod, et aussi des structures plus petites, la Brasserie du bout du monde, la Brasserie du baril, et enfin deux cidreries, Cidre Dorval et Le p’tit Fausset. Soit, explique l’association, « 85% de la production bretonne de bière en volume ».

La consigne, oui, mais pourquoi? Selon l’association, la consignation des bouteilles de bières devrait permettre des « gains environnementaux, une réduction des dépenses pour les collectivités locales, des gains économiques pour les producteurs et une différenciation au niveau du marketing, la création d’emplois dans l’insertion et le handicap et des ressources nouvelles pour le monde associatif ».

Ainsi, par exemple, le coût d’une bouteille neuve est évalué à 30 centimes par Patrick Créac’h, de Distro, contre 16 centimes pour une bouteille récupérée et lavée qui peut être utilisée pendant… 19 ans. « La création d’une filière génère aussi des emplois, c’est un cercle vertueux », poursuit-il, chaque bouteille faisant l’aller et retour entre la brasserie et le gosier du consommateur environ 6 à 7 fois par an.

Par contre, la consigne impose le recours à des bières au verre renforcé et à des modèles standards. L’association note enfin une « grosse pression des lobbies du verre pour l’abandon total de la consigne », soulignant les « gains économiques considérables » de ces derniers « à fabriquer des bouteilles neuves à partir du verre broyé plutôt qu’à partir du sable ».

Pas sûr donc que le changement soit pour maintenant. On en saura certainement plus dans quelques mois, à l’issue de l’étude de faisabilité lancée par Kéjal, une société coopérative d’intérêt collectif qui est le bras armé de Distro. Son (sans doute épais) compte-rendu est attendu pour mars 2017.

Autre territoire, autres mœurs, outre-Atlantique, la moitié des bières consommées aux États-Unis ne sont pas contenues dans un récipient en verre, mais dans une canette en aluminium. Ces canettes nécessitent des emballages en plastique, qui finissent dans les océans par pourrir la vie des dauphins et des tortues.

Selon l’AFP, la brasserie Saltwater, « une entreprise artisanale installée à Delray Beach dans le sud de la Floride, a décidé pour tenter de remédier à ce problème » en créant un emballage comestible et biodégradable, « à partir de résidus de la fabrication de bière elle-même, comme l’orge ou le blé ». Une idée transposable en Europe? Yes we can.

J’ai testé pour vous la box « Hops & beer »

Comme beaucoup de gens, je suis une personne très sensible aux cadeaux. Il n’a donc pas été difficile pour Marie et Antoine d’Hops & beer de me convaincre de tester leur nouvelle box à bière, me faisant ainsi rentrer dans le cercle très fermé des blogueurs courtisés par les entreprises (une première étape avant la conquête du monde, bien sûr).

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Cette box propose donc de recevoir tous les mois six bières, « une sélection qui se baladera entre grands classiques, découvertes et grands crus », le tout pour 20 euros par mois, expliquent les concepteurs du projet, dont la ligne maltée est fixée par Antoine, « bièrologue [et] patron d’un bar à Montpellier proposant plus de 450 références de bières venant de 20 pays à travers le monde ».

Et effectivement, promesse tenue, la première box que j’ai reçue respecte ce contrat de diversité des bières. J’ai ainsi rebu avec beaucoup de plaisir l’Hommelbier (Van Eecke), doux souvenir houblonné de mes années lilloises, découvert avec intérêt la Miel Harmonie de Bendorf, une brune et la Wit, une bière rafraîchissante, même en cas de crue, à l’ arôme citronée de St Bernardus.

La box contenait également deux IPA, la Raging Bitch (Flying dog), la Five O’Clock Shadow (Weird Beard) et une Hefeweizen, la Grosse Bertha (Brussels Beer Project). Les lecteurs attentifs noteront toutefois que quatre bières sur six sont marquées par l’influence belge, une omniprésence sans doute à ne pas dépasser à l’avenir pour respecter les différentes familles de la bière, mais qui ravira les amateurs des bières d’Outre-Quiévrain.

Un petit fascicule A5 présente enfin la box, décrit de manière très instructive chaque bière, et propose enfin une recette à cuisiner à base de bière. Au final, mission réussie pour cette box à curieux qui m’a fait découvrir de nouvelles bières et qui m’a permis de renouer avec des amours houblonnés un peu délaissés.

Du coté des points négatifs, étant un peu distrait, j’ai eu peur de voir mon colis repartir vers l’expéditeur, ayant un peu trop tardé à aller le chercher à son point relais, la faute au travail, encore et toujours, empêchant d’arriver dans les bons horaires, mais aussi aux vacances qui m’ont tenu un peu éloigné de Paris…

Enfin, j’avoue que le plaisir de recevoir une box tous les mois est contrebalancé par la satisfaction de repartir, les bras chargés, de chez mes cavistes « bière » préférés, la tête pleine de rêves et le porte-monnaie allégé. Mon cœur hésite! Mais là où mon cœur n’hésite pas, c’est sur la dimension « cadeau ». Ce projet, financé notamment sur la plate-forme KissKiss BankBank (2600 euros collectés), a clairement un très beau potentiel du côté des cadeaux, qu’ils soient en entreprise, d’anniversaire ou de noël, et ainsi contribue à peu de frais à l’évangélisation de futurs amateurs de (bonne) bière…