J’ai participé à un jury de dégustation de bières et j’ai aimé ça

Il est 20h en ce soir frisquet de la fin avril, et les murs de la rue Saint-Maur transpirent l’humidité glaçante d’un lundi pourri sur Paris. Pourtant, au loin, une petite lumière surgit, au 39 de cette rue, et une porte s’ouvre et se referme au rythme d’une foule bigarrée qui se presse dans un vaste entrepôt.

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Les brasseurs venus de l’Ouen. Photo d’illustration suite au lâchage de mon smartphone à la soirée de dégustation.

Vous l’avez compris: j’ai fait partie du jury de dégustation du concours de brassage amateur, organisé pour la troisième édition de la Paris Beer Week dans les locaux de la brasserie parisienne Bapbap, et je vous recommande chaudement cette expérience, au troisième étage de ce bâtiment également occupé par des joueurs de ping-pong et des start-upers.

NO SPOILER ALERT: ce texte de blog ne contient aucune indication sur le ou la future gagnante du concours de brassage amateur.

En fait, il s’agissait de la deuxième session de dégustation: un premier épisode la semaine d’avant avait permis d’éliminer les bières les moins réussies, pour le dire poliment (j’ai toujours échoué à ce stade au cours de mes deux tentatives). Là, nous étions environ une grosse trentaine à avoir le privilège d’apprécier le meilleur des brasseurs amateurs parisiens.

C’est la première fois que je participe à ce genre de jury – j’ai été invité à tester les bières en tant que membre de l’association qui organise la Paris Beer Week – et je dois avouer que j’étais circonspect pour l’exercice.

Bien sûr, je me souvenais des excellentes notions de dégustation enseignées par Olivier Sénéchal, formateur au CFA de Douai, mais les cours que j’avais suivi là-bas sont bien loin. Et s’il est facile de dire si on n’apprécie ou pas une bière, il est plus difficile de mettre des mots sur ses qualités, ses défauts.

Heureusement, l’organisation nous a fournit une belle fiche d’évaluation, pour noter sur cent les bières: cinq points pour l’aspect, cinq pour la mousse, vingt pour le nez, quinze pour le corps, trente cinq pour le goût et vingt enfin pour l’impression générale. Quelques flaveurs sont suggérées, comme les arômes torréfiés, floraux, de fruits, ou, pour les défauts, l’odeur de carton mouillé ou de beurre.

En tout, j’ai pu déguster six bières, dans une ambiance très studieuse et concentrée. Entre deux bières, nous avions de l’eau et du pain pour nous stabiliser le palais soumis à rude épreuve. Parfois, les sensations en bouche étaient bien éloignées du résultat attendu du brasseur. Nous avions en effet accès à la description des bières faites par les candidats, parfois très exhaustifs pour détailler leur production: malts, levures et houblons utilisés, par exemple, allant jusqu’à préciser les parfums perceptibles.

Voulant toutefois être un membre du jury incorruptible, je précise cependant que j’ai toujours attendu d’avoir fini ma dégustation avant de zieuter cette description… Et les bières au final? Je suis tombé sur deux brassins qui m’ont scotché. Tout d’abord une IPA américaine parfaitement réalisée, à qui j’ai mis une belle note. Une belle surprise alors que je n’étais pas conquis au départ. Puis, rapidement, une seconde révélation avec une stout onctueuse, crémeuse en bouche. Du pétrole comme il en faut. Vous connaissez désormais mes favoris, rendez-vous le samedi 7 mai à la Bellevilloise pour les résultats!

 

 

La Paris Beer week, saison 3

Le festival préféré des amateurs de bières artisanales à Paris revient pour une troisième saison, en mai prochain! Cette fois-ci, la Paris Beer week se passera du 29 avril au 8 mai et vous aurez peut-être l’occasion de me croiser, puisque je me suis inscrit pour être l’un des bénévoles de la meilleure soirée de la semaine, le « Grand final ».

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L’événement compte toujours le traditionnel concours de brassage amateur, mais il est trop tard pour candidater si votre brassin n’était pas déjà prêt: les échantillons étaient à remettre avant le 15 avril… « Les bières seront évaluées par un jury composé de professionnels, de brasseurs et d’amateurs, rappelle l’organisation. La remise des prix sera au programme du Grand Final, le samedi 7 mai à La Bellevilloise. »

Organisée par l’association « Bières et papilles », la Paris Beer week va proposer environ 150 événements, et a invité 45 brasseries pour la soirée finale. Une bière collaborative sera également proposée: elle est basée sur la recette de la bière gagnante du concours de brassage amateur de la précédente édition pour « montrer le potentiel de la scène française du brassage amateur, et donnera l’occasion à tous de goûter la bière récompensée l’an dernier ».

Le site du festival ne détaille pas encore les événements mais on peut déjà y glaner des infos alléchantes: la brasserie Outland va ouvrir un bar prochainement, celle du Parisis va lancer pour la PWB une Russian Imperial Coffee Stout « fruit d’une collaboration avec la Brûlerie Caron », tandis qu’il existe un lieu dédié, à Montreuil, à la bière et au vinyle, le « Beers & records »…

Qui sera présent? Vous bien sûr, mais aussi, du côté des brasseries, la brasserie artisanale de Marcoussis, la brasserie Bapbap, la brasserie de l’Être, la brasserie de la Goutte d’Or, la brasserie de la Vallée de Chevreuse, la brasserie Outland, la brasserie Parisis, la brasserie Sagesse, Brew unique, Coconino, Crazy hops, Deck & Donohue, Distrikt beer, La Baleine, La Montreuilloise, La P’tite soeur et les brasseurs du Grand Paris.

Côtés bars voici les participants: Demory, le Festin nu, Jurassique Snack, l’Express de Lyon, La Fine Mousse, le Supercoin, le Triangle, Les Trois 8, Octopussy, et Sunset, bref, que du bon ! Enfin voici les caves partenaires: A la bière comme à la bière, Beer town, Beers & records, Bières cultes, Biérocratie, Brewberry, Chop’In, El tast, HopBuddy, Houblon ou brune, la Beerotek, la Binouze, la Caisse de bières, la Cave à bulles, So bière, la société parisienne de bière, et Superbières.

Quelques nouvelles (bières) fraîches

Je l’ai découvert via un article de « La Meuse« . La brasserie Rulles vient de sortir une bière au houblon sauvage, légère en alcool mais riche en goût, dans la lignée des autres bières du brasseur. Les plants de houblon sauvage ont été repérés dans la vallée de la Rulles (sud-est de la Belgique pour ceux comme moi qui ne connaissent pas).

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« Les conditions climatiques favorables de l’automne 2015 ont permis de récolter de superbes cônes, en qualité et quantité suffisantes pour houblonner à cru un brassin unique de 30 hectolitres », explique le brasseur de la Rulles, qui a embouteillé cette bière en octobre 2015. Cette bière légère (4,9%) présente « un nez frais mêlant notes végétales (menthe poivrée) et maltées ».

La brasserie La Garonnette, fondée par Jonathan et Benjamin, propose depuis novembre 2015 une gamme de trois bières. Les deux amateurs de bières ont lancé leur micro-brasserie (brassins de 170 litres) à Toulouse avec une production tout d’abord en bouteilles et bientôt à la pression.

La brasserie du Mont Cassel vient d’ouvrir à Cassel, dans le Nord. Elle ne commercialisera ses premières bières qu’en mars 2016, mais le brasseur prend les devants dans La Voix du Nord pour annoncer la prochaine ouverture. À noter son emplacement privilégié, à deux cent mètres du centre historique de Cassel, un bourg très touristique dans la région.

Biozh, une entreprise spécialisée dans la distribution de brasseries bretonnes, vient de signer une collaborative chez l’un de ses brasseurs partenaires, Tri Martolod. C’est une Pacific Lager brassée à 3000 exemplaires, houblonnée avec du Pacific Gem, Mozaic, Cascade, et Sorachi Ace.

La brasserie Ratz fête ses quinze ans avec un brassin spécial. « Cette bière artisanale blonde est généreuse et pleine de caractère », explique le brasseur. La bière spéciale titre 6,5% d’alcool.

Vers une nouvelle organisation représentant les brasseries artisanales

Faut-il une nouvelle organisation représentant les brasseries artisanales? Au vu de la jacquerie qui gronde du côté de certains adhérents de l’association des brasseurs de France, la réponse est oui. Un groupe facebook a ainsi été créé en vue de la « préparation de la réunion de création de la fédération nationale des brasseurs artisans », prévue le 8 avril prochain au salon du brasseur à Saint-Nicolas-de-Port.

2016-03-31 17_09_41-Préparation de la Fédération Nationale des Brasseurs Artisans

A vrai dire, cette création semble logique tant le fossé existant entre les brasseurs locaux et les industriels de la bière semble grand. Et même s’ils font tous de la bière, on a du mal à voir les intérêts convergents entre une grosse structure et un brasseur à son compte distribuant ses créations dans son département.

Plusieurs lettres publiées sur les réseaux sociaux se sont ainsi fait l’écho, ces derniers temps, de ce questionnement. Tout a commencé le 18 février dernier avec la lettre de démission de deux brasseurs, Jean-François Drouin (Brasseurs de Lorraine), et Laurent Boiteau (Brasserie Mélusine), de leurs fonctions de représentants des brasseurs artisanaux au directoire et au comité stratégique de Brasseurs de France.

Cette association, fondée en 1880, « fédère les producteurs de bière avec une double mission : la défense des intérêts communs de la Brasserie; et la valorisation collective de la bière et de la profession gérée par un groupement d’intérêt économique, la société de promotion de la bière française », explique-t-elle sur son site internet. Présidée par l’ancien ministre François Loos, elle était autrefois dirigée par l’ancien ministre Philippe Vasseur: autant dire que l’association, rompue aux arcanes du lobbying, sait se faire entendre des pouvoirs publics, et qu’il vaut mieux donc en être.

Mais, dans la foulée de l’annonce de ces deux démissions, 53 brasseries, dans un courrier, explique que « le fonctionnement de notre association n’est plus en phase avec la réalité du monde brassicole actuel ».

« On ne peut plus faire cohabiter au sein d’un directoire des personnes qui représentent l’intérêt général de catégories et d’autres personnes qui représentent l’intérêt particulier d’entreprises puissantes, expliquent-ils. Pour que l’association puisse trouver une stabilité dans le temps et une représentativité vis à vis des pouvoirs publics, nous pensons que seul un modèle basé sur la représentation catégorielle soit adapté. »

Dans la première lettre du 18 février, les deux anciens représentants des brasseurs artisanaux avaient détaillé leurs griefs:

    • Impression de « perdre notre précieux temps » à cause des objectifs « trop différents par nature » entre brasseurs artisanaux et industriels
    • Un désintérêt des industriels pour « les sujets qui nous sont chers »
    • Une action trop focalisée sur le « seul lobbying politique »
    • Une association qui défend avant tout des « intérêts financiers »

Et de conclure qu’il est « compliqué de siéger avec des brasseries qui refusent au niveau associatif de mettre en avant le dynamisme de la bière artisanale et qui dans le même temps utilisent de manière éhontée notre image, notre métier pour essayer de dynamiser leurs ventes ». La brasserie Mélusine a finalement quitté l’association des brasseurs de France à la mi-mars, suivi de deux autres brasseries, celle de Bercloux et de la brasserie Guyanaise… L’association des brasseurs de France n’a pas (encore?) réagi à ce mouvement de fronde.