La publicité pour la bière bientôt sur nos écrans?

La publicité pour la bière va-t-elle inonder nos postes de télévision et nos salles de cinéma? On peut se poser la question à la lecture d’un texte parlementaire en cours d’examen, le projet de loi de modernisation de notre système de santé. Ce texte pourrait, s’il est voté en l’état, assouplir la loi Evin, qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées.

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L’amendement qui fait polémique est le suivant (il a été adopté au Sénat le 14 septembre 2015, et des députés avaient tenté en vain de le faire sauter le 13 novembre):

« Ne sont pas considérés comme une publicité ou une propagande, les contenus, images, représentations, descriptions, commentaires ou références relatifs à une région de production, à une toponymie, à une référence ou à une indication géographique, à un terroir, à un itinéraire, à une zone de production, au savoir-faire, à l’histoire ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique disposant d’une identification de la qualité ou de l’origine, ou protégée au titre de l’article L. 665-6 du code rural et de la pêche maritime ».

Quant à cet article L665-6, il précise que « le vin, produit de la vigne, les terroirs viticoles ainsi que les cidres et poirés, les boissons spiritueuses et les bières issus des traditions locales font partie du patrimoine culturel, gastronomique et paysager protégé de la France ». La publicité sur la bière semble donc bien concernée par cet amendement porté, nous explique Le Monde, par les députés des départements viticoles, très actif sur le terrain du lobbying parlementaire (lire à ce sujet ce billet).

L’enjeu de ce projet de loi, qui doit encore être approuvé en nouvelle lecture par le Sénat, c’est d’exclure des contenus pour certaines boissons alcoolisées du champ de la loi Evin et l’article L3323-2 du code de la santé publique, qui autorise explicitement dans la publicité pour les alcools dans la presse écrite, la radio, les affiches, le mailing, les véhicules publicitaires, les fêtes, les stages, les goodies et pour les sites web.

Et donc pas la télévision, un vecteur qui touche les masses. C’est pour cela que vous pouvez voir des affiches faisant la promotion d’une fameuse bière de luxe dont le nom commence par B. et deux chiffres dans les rues, mais pas à la télé. Mais est-ce vraiment un problème?

Visiblement oui pour les sénateurs qui ont proposé l’amendement. Ils expliquent que la définition donnée par les juges à la publicité, à la suite de la loi Evin, a abouti à une « assimilation d’un contenu journalistique, culturel, ou oenotouristique à de la publicité, tombant ainsi sous le coup de la loi ».

« Cela constitue un redoutable carcan pour l’information journalistique et oenotouristique qui peut conduire les journalistes à s’autocensurer et qui peut avoir de graves conséquences sur le développement, par exemple de l’oenotourisme », ajoutent-ils.

J’avoue qu’en tant que journaliste, j’ai été un peu vexé qu’on mélange contenu journalistique et publicitaire et interloqué par ce « redoutable carcan » qui conduirait à l’autocensure. Nous n’avons eu aucun problème pour l’édition des deux livres « Sur la route des bières », par exemple, même si nous avions rajouté une mention sur les risques de l’alcool. Par contre, puisque l’on parle de censure, il avait été, dans de rares cas, compliqué de travailler avec certains brasseurs qui ne comprenaient pas qu’un livre journalistique impliquait une liberté d’écriture – et donc pas de texte ni de photos « à valider ».

Les grandes brasseries, qui ont des budgets marketings conséquents, devraient en tout cas logiquement investir ces nouveaux supports, la télé et le cinéma, pour faire mousser leurs ventes. Une petite stat pour conclure cet article: selon ce site, le brasseur Anheuser (désormais lié à Busch Inbev maintenant et peut-être demain à SabMiller) représentait le 21e budget mondial publicitaire. Plutôt que de favoriser l’indépendance journalistique, cet assouplissement devrait permettre surtout de faire tomber quelques pièces sonnantes et trébuchantes dans les caisses des chaînes de télévision…

Nos ancêtres les Gaulois, ces buveurs de bière

L’émission de France Culture « Le Salon noir« , dédiée à l’archéologie, a eu la bonne idée d’inviter le 24 octobre 2015, il y a quelques semaines, la directrice de recherche au CNRS Fanette Laubenheimer, pour parler de bière, d’hydromel et de vin, pour parler du livre de la chercheuse « Boire en Gaule », publié en 2015.

Boire

Voici quelques extraits pour vous mettre l’eau à la bouche:

  • La première boisson alcoolisée de l’ère humaine est située en Chine avec un mélange, daté de 7000 à -7500 avant JC, d’hydromel, de vin de raisin et de bière de riz, et de fruit d’aubépine, « mais surtout d’hydromel »…
  • Les seuls trésors historiques de la bière qui nous sont parvenus sont « les grandes jarres » servant à brasser, ou les gobelets, bols de l’époque romaine sur lesquels sont écrits « Hôtesse, donne moi à boire », « Donne moi de la bière au miel ».
  • « En Mésopotamie, bien avant notre ère, la bière est très connue, et où le mot ivresse se dit ‘Qui est dans sa bière’, et le mot festin ‘Bière versée' ». Cette civilisation à l’origine de la bière est « parfaitement adaptée » à cette boisson, avec des déesses de la bière, des chants, et une consommation quotidienne… Mais l’invention de la bière de riz en Chine est quant à elle estimée au 7e millénaire avant JC.
  • Si le vin comme l’hydromel sont simples à fabriquer, la bière nécessite de transformer les grains en sucres. « On s’est aperçu dès la préhistoire que quand le grain germe, l’amidon du grain se transforme en sucre. En grillant les grains après germination, on va avoir des grains sucrés » adéquats au brassage.
  • Les chercheurs estiment que la bière était issue de fermentation spontanée durant la préhistoire et l’Antiquité, avec des vases à bière ouverts aux quatre vents. Sans houblon, apparu au IX-Xe siècle, la chercheuse note que des amphores à bières contenaient de l’armoise, qui jouait le rôle de conservateur.
  • Les premières bières européennes seraient espagnoles et sont datées de – 3800 avant JC, avant d’essaimer dans toute l’Europe, avec toutes sortes de mélanges, comme cette bière irlandaise datée de – 3000 avant JC contenant des traces d’une plante hallucinogène, la jusquiame !
  • Le vin, durant l’ère gauloise, est une boisson exotique, rouge comme le sang. Les Gaulois le boivent pur, comme la bière, sans le diluer dans l’eau, ce qui choque les observateurs latins. Ces derniers jugent que les Gaulois « boivent une boisson nauséabonde d’orge qui a pourrit dans l’eau » ! La chercheuse note d’ailleurs qu’il existe une frontière culturelle « énorme » entre le vin et la bière et « qui n’est pas forcément méditerranéenne » puisque l’Espagne est un pays à bière. Avec la chrétienté, la bière est désacralisée: la Cène requiert du vin, importé et qui vient (plus ou moins) du pays du Christ.

L’autre route (algorithmique) des meilleures brasseries françaises (Classement untappd.com)

Une carte des brasseries en appelle une autre! Après ma carte des « dix meilleures brasseries françaises » de la semaine dernière, je vous propose une nouvelle carte suite à vos suggestions, la carte optimale pour circuler entre le top 32 des brasseries françaises, selon le classement du site untappd.com, que je ne connaissais d’ailleurs pas.

Capture du 2015-11-11 20:16:50

La carte grossit et référence désormais 32 brasseries. J’étais curieux de voir le programme informatique python mis au point par Randy Olson tourner avec plus de brasseries, car comme l’ont bien vu certains, la carte de la semaine dernière, avec dix brasseries, formait un cercle, ce qui est logique…

Pour ceux qui veulent comprendre le fonctionnement de l’algorithme, allez lire mon post précédent, mais sachez bien que le lancement du programme ne donne pas à chaque fois le même itinéraire, même si certaines portions sont quasiment similaires. Bref, on arrive cette fois-ci à un parcours de 3993 km, pour 46 heures de conduite…

Vous pouvez voir la carte ici:

Un mot sur les brasseries sélectionnées: j’ai utilisé le classement « France » d’untappd.com, mais en enlevant les cidreries (désolé pour les fans). Par contre, j’ai laissé les « SBF », les sans-brasseries fixes, c’est-à-dire les brasseries Craig Allan, Outland et du Grand Paris, dont les adresses ne sont bien sûr pas à prendre au pied de la lettre. Enfin, une brasserie, Grain d’Orge, a été évacuée de la liste, car située en Belgique.

Capture du 2015-11-11 20:19:48

J’avoue que la présence de certaines brasseries référencées dans ce « top France » m’a parfois surpris. Je remarque également qu’elle est très « nordiste » avec de nombreuses brasseries de cette région. Enfin, il y a de belles brasseries qui auraient mérité d’y figurer, mais qui n’y apparaissent pas. C’est le résultat du vote du public sur untappd.com. À vos clics donc si ce classement ne vous convient pas !

Voici la liste complète des brasseries référencées dans cette carte, dans l’ordre de route sélectionné par l’algorithme:

La route (algorithmique) des dix meilleures brasseries françaises

À quoi ressemblerait le voyage menant l’amateur de bière vers les dix meilleures brasseries françaises? Je me suis posé cette question après avoir vu la belle carte proposée par Nathan Yau, un américain qui a croisé la liste des 72 brasseries US présentes dans le top 100 de Ratebeer.com avec un algorithme calculant la meilleure route.

La route des dix meilleurs brasseries françaises
La route des dix meilleures brasseries françaises

Voici donc le résultat pour la France ! Cliquez sur ce lien pour voir la carte publique. Cela représente une route longue de 3 059 km, soit 32 heures de conduite au total mis bout à bout… Et comme je ne suis pas auto-centré, sachez qu’en vélo, cela représente 2 733 km, 156 heures de coups de pédale, et 17 799 mètres de dénivelé, ou encore 517 heures de marche à pied pour 2 494 km parcourus à pinces.

Pour aboutir à cette carte, j’ai récupéré la liste des 25 meilleures bières brassées en France sur Ratebeer.com, de manière à avoir une liste objective. J’ai exclu ensuite les producteurs de cidre et les brasseurs présents plusieurs fois, pour aboutir à une short-list de dix brasseurs: la Corrézienne, Bières23, Lancelot, Thiriez, Theillier, Le Paradis, Mont Salève, la Vallée du Giffre, L’Agrivoise, et la Brasserie des Vignes.

Une fois cette première sélection faite, le plus dur restait à venir. En utilisant le même programme python (un langage informatique) utilisé pour la carte des meilleures brasseries américaines, un algorithme permet la sélection d’une route optimale reliant toutes ces brasseries, j’ai pu créer le meilleur itinéraire possible.

Sur son blog, Randy Olson, l’auteur à l’origine de cet algorithme, explique que ce dernier « lance une poignée de solutions aléatoires qu’il essaye d’améliorer, en gardant les meilleures, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de trouver une meilleure solution ». Ne m’en demandez pas plus mes compétences informatiques s’arrêtent là…

Je n’ai en effet pas réussi à faire marcher le programme jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la génération automatique de la carte. Mais j’ai bien réussi (enfin je crois !) à produire le bout de programme permettant la recherche du chemin optimal menant à chacune de ces brasseries. Les observateurs avertis noteront enfin que la route proposée bifurque vers la Belgique, ce qui peut donner des idées en matière d’extension de carte…