On n’arrête pas l’internationale trappiste

L’association internationale trappiste vient d’annoncer, le 16 décembre 2013, que deux nouvelles bières porterait le prestigieux logo: la « Spencer Trappist Ale » et la « Zundert Trappist« , soit, selon les moines, « le couronnement de la longue procédure de demande parcourue avec succès ». La bière de Zundert possède « une amorce douce avec un arôme épicé, suivie par une agréable amertume qui se prolonge longuement dans la bouche« , indique l’association internationale trappiste, qui reste discrète par contre sur celle de Spencer.

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La « Zundert »

Fabriquées respectivement aux Etats-Unis, Massachusetts, et aux Pays-Bas, elles rejoignent la courte liste des dix bières trappistes: Achel, Chimay, La Trappe, Orval, Rochefort, Westmalle, Westvleteren, et Engelszell. Cette liste s’est singulièrement agrandie ces dernières années, sortant du quasi exclusif pré-carré belge, exception faite des néerlandais de La Trappe . La raison? Le succès et la renommée des bières trappistes incitent les communautés trappistes, c’est à dire les communautés de moines qui respectent la règle de « l’ordre cistercien de la stricte observance », à produire de la bière, source de devises. L’argent est toujours le nerf de la guerre pour les moines qui doivent faire face aux coûts d’entretien de leurs bâtiments et qui veulent vivre dans « la prière et le travail ».

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La « Spencer Trappist Ale » sera commercialisée à partir de janvier 2014.

Ainsi, ces dernières années, Monts des Cats (Flandres françaises) a lancé sa propre bière, en 2011. Cette dernière n’est pas produite à l’Abbaye, mais chez les voisins belges de Chimay, faute de sous et de bras pour brasser la bière. C’est certainement pour cela qu’elle bénéficie du logo « Authentic Trappist Product », sans pouvoir prétendre à être la onzième bière « trappiste ». Un an plus tard, les autrichiens de l’abbaye d’Engelszell, qui brassent eux-mêmes, obtiennent eux aussi le label.

Mais cette expansion cache d’autres problèmes. Ainsi, l’Abbaye de Rochefort s’inquiète d’un possible tarissement de sa source d’eau, suite à une demande de permis pour le creusement d’une carrière. « Dans ces couches de pierre se trouve la nappe phréatique qui alimente en eau l’Abbaye et la brasserie, expliquent les moines de Rochefort. Si le permis était accordé, l’eau qui aujourd’hui s’écoule de la source de Tridaine gravitairement et gratuitement vers le château d’eau de l’Abbaye devrait être pompée pour que la carrière ne soit pas submergée par les eaux. L’Abbaye s’oppose à ce projet qui détruirait tout un écosystème, pourrait altérer la qualité de l’eau et serait très coûteuse énergétiquement pour pomper l’eau. A long terme, ce projet mène inévitablement au tarissement de la source. » Ce n’est pourtant pas le plus gros souci qu’affrontent les communautés historiques belges. La crise des vocations fait toujours rage, comme le remarquent les confrères de « La Libre« , et menace, à terme, l’existence même des plus renommées bières trappistes.