Comment la navigation hauturière a donné naissance aux IPA

La grosse tendance de ses dix dernières années dans le petit monde de la micro-brasserie, ce sont les IPA (India Pale Ales). Les Pale Ales, ce sont des bières de fermentation haute, utilisant donc des levures se développant entre 15°C et 25°C, brassées principalement avec des malts pâles.  L’IPA doit son nom aux bières exportées par l’Union Jack au 19e siècle dans ses anciennes colonies indiennes, et désignait alors (et encore aujourd’hui) des bières fortement houblonnées et alcoolisées en vue de supporter le (long) transport en bateau.

L’auteur britannique Melissa Cole, dans son livre « Tout sur la bière » (éditions Gallimard),  donne quelques détails méconnus sur cette belle histoire. Sans la maîtrise de la réfrigération industrielle, la production locale de bière dans les colonies indiennes était malaisée. Les  IPA étaient en outre « une marchandise essentielle pour la Compagnie des Indes orientales: elle avait peu de fret dans le sens Europe Asie et la bière lui fournissait un revenu dès son débarquement », écrit Melissa Cole. Pourtant, avant la bière, sont d’abord exportées des bières légères, du cidre, ou des Porter (bières de fermentation haute dont sont issues les stout), qui étanchent le gosier des soldats et colons britanniques.

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Selon Melissa Cole, c’est le brasseur londonien Hodgson’s qui est à l’origine de l’IPA. Vers la fin du 18e siècle, il brasse une Pale Ale d’automne bien houblonnée, dont le transport, à cause des changements de température et à cause du roulis, accélérera la maturation. « Ce processus donna à la Pale Ale d’Hodgson’s une saveur lisse et complexe qui n’était autrefois obtenue qu’au terme d’une longue garde en cave », ajoute l’auteur, désignée, pour l’anecdote, « l’une des femmes les plus puissantes dans l’industrie des boissons », par la chaîne de télévision Channel4.

D’autres brasseurs emboîteront le pas à Hodgson’s. Ce dernier commence également à vendre sa bière sur place, au Royaume-Uni. Il profite alors de l’engouement des Anglais et la reine Victoria pour l’Inde, le gros buzz de l’époque. Les Pale Ales connurent leur heure de gloire grâce à la guérison, attribuée à la bière, du prince de Galles, qui avait contracté la typhoïde. Puis elles tombèrent peu à peu dans l’oubli, avant de devenir désormais les coqueluches des jeunes brasseurs. L’IPA n’est pas pour autant réservée au petit milieu des micro-brasseurs. Un exemple parmi d’autres: la Punk IPA de la brasserie Brew dog est trouvable dans quelques supermarchés en France. Pas d’excuse donc pour ne pas boire d’IPA!

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