Mon premier brassin (suite et fin)

Deux semaines après l’embouteillage, j’ai débouché fébrilement la première bière de ma première cuvée. C’était ce week-end et j’étais un peu anxieux: ma bière allait-elle faire pssicht? Allait-elle être réellement buvable, après avoir refermenté durant deux semaines de semi-canicule parisienne?

J’ai retrouvé dans un bouquin les faux goûts que peut présenter la bière:

– Acrêté, papier, cuire: bière périmée, entreposage à plus de 30°c, contact avec l’air

– Rancie, moisie: conditions d’entreposage défavorables

– Soufre, oeufs pourris: autolyse (dissolution) de la levure

– Pipi de chat ou de chien: problème de fermentation ou eau de rinçage

– Fromage: vieux houblon

– Beurre rance: problème de fermentation

– Médicament: infection bactérienne

– Métallique, encre: lié à l’alcool, le houblon ou l’azote.

Vu mon manque d’expérience et les conditions climatiques, tout était possible… Mais finalement, le résultat n’est pas si mal! Commençons par les défauts: il va falloir que je revoie le filtrage, car la bière est beaucoup trop trouble, tout en présentant une belle robe orangée. Elle mousse ensuite trop abondamment à l’ouverture. Mais elle se boit: au nez, la bière dégage un joli arôme de fruit de la passion dû à l’houblonnage, et présente une texture épaisse. En bouche, si l’on devine les céréales, l’amertume est très (trop?) présente, avec une saveur finale lorgnant vers le pamplemousse. Elle manque encore de bulles, mais il y aura d’autres brassins…

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Comment la navigation hauturière a donné naissance aux IPA

La grosse tendance de ses dix dernières années dans le petit monde de la micro-brasserie, ce sont les IPA (India Pale Ales). Les Pale Ales, ce sont des bières de fermentation haute, utilisant donc des levures se développant entre 15°C et 25°C, brassées principalement avec des malts pâles.  L’IPA doit son nom aux bières exportées par l’Union Jack au 19e siècle dans ses anciennes colonies indiennes, et désignait alors (et encore aujourd’hui) des bières fortement houblonnées et alcoolisées en vue de supporter le (long) transport en bateau.

L’auteur britannique Melissa Cole, dans son livre « Tout sur la bière » (éditions Gallimard),  donne quelques détails méconnus sur cette belle histoire. Sans la maîtrise de la réfrigération industrielle, la production locale de bière dans les colonies indiennes était malaisée. Les  IPA étaient en outre « une marchandise essentielle pour la Compagnie des Indes orientales: elle avait peu de fret dans le sens Europe Asie et la bière lui fournissait un revenu dès son débarquement », écrit Melissa Cole. Pourtant, avant la bière, sont d’abord exportées des bières légères, du cidre, ou des Porter (bières de fermentation haute dont sont issues les stout), qui étanchent le gosier des soldats et colons britanniques.

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Selon Melissa Cole, c’est le brasseur londonien Hodgson’s qui est à l’origine de l’IPA. Vers la fin du 18e siècle, il brasse une Pale Ale d’automne bien houblonnée, dont le transport, à cause des changements de température et à cause du roulis, accélérera la maturation. « Ce processus donna à la Pale Ale d’Hodgson’s une saveur lisse et complexe qui n’était autrefois obtenue qu’au terme d’une longue garde en cave », ajoute l’auteur, désignée, pour l’anecdote, « l’une des femmes les plus puissantes dans l’industrie des boissons », par la chaîne de télévision Channel4.

D’autres brasseurs emboîteront le pas à Hodgson’s. Ce dernier commence également à vendre sa bière sur place, au Royaume-Uni. Il profite alors de l’engouement des Anglais et la reine Victoria pour l’Inde, le gros buzz de l’époque. Les Pale Ales connurent leur heure de gloire grâce à la guérison, attribuée à la bière, du prince de Galles, qui avait contracté la typhoïde. Puis elles tombèrent peu à peu dans l’oubli, avant de devenir désormais les coqueluches des jeunes brasseurs. L’IPA n’est pas pour autant réservée au petit milieu des micro-brasseurs. Un exemple parmi d’autres: la Punk IPA de la brasserie Brew dog est trouvable dans quelques supermarchés en France. Pas d’excuse donc pour ne pas boire d’IPA!